États-Unis. Déstabiliser la RDC avec discrétion via le Rwanda, la MONUSCO et l’EAC ?

(Aéroport de Goma. Le contingent de la KDF (Kenya) débarque pour affronter le M23. Espoirs déçus. Archives Les Coulisses).

La force régionale de l’EAC est dans la même logique que la MONUSCO. Elle observe comment les populations civiles sont tuées et/ou déplacées pour celles qui ont la chance de survivre. Malgré cela, elle impose un cessez-le-feu à travers une sorte de zone tampon de fait entre les éléments de la RDF/M23 et les FARDC. Les États-Unis, à travers leur ambassade à Kinshasa, ont martelé le 12 octobre 2023 que « La crise de l’est de la RDC exige une solution politique et non militaire » sans

plus. Et donc un dialogue avec le Rwanda pour permettre à la RDC de reprendre les rebelles et de les insérer dans les institutions de la république. La France de Sarkozy et Macron est pour le partage des richesses avec le Rwanda, condition sine qua non pour une paix de cimetière. Personne ne pense à demander l’avis des Congolais.

Le Kenya agit sur demande de Washington. Les États-Unis ont trouvé une voix pour épauler le Rwanda qui a beaucoup perdu en hommes, en matériel et en argent dans son soutien au M23.

Kenya, partenaire privilégié de Washington et Londres

Le Kenya est un partenaire privilégié des États-Unis et de la Grande Bretagne dont il est l’ancienne colonie. Les États-Unis tiennent au Kenya comme ils tiennent au Rwanda pour déstabiliser la RDC et l’empêcher de commercialiser avec la Chine. On n’en parle pas assez.

Les deux pays constituent des points périphériques de déstabilisation de la RDC à partir de l’est. Sans réelles frontières directes avec la RDC, le Kenya est devenu incontournable devant un Kaguta Museveni fatigué et vieillissant qui énerve les Occidentaux en interdisant la pratique homosexuelle (LGTB+) sur son territoire. Les États-Unis ont retiré l’Ouganda de l’AGOA.

La proximité quasi naturelle du Kenya avec l’Inde dont une bonne partie de la population est ressortissante (c’est elle qui tient le gros de l’économie de ce pays), l’allié des États-Unis qui est le deuxième partenaire d’importation du Kenya, fait de ce pays un vrai laboratoire du leadership anglo-saxon dans la région.

L’on peut comprendre les tergiversations du Kenya et le double langage de ses autorités dans la question sécuritaire de l’est de la RDC. Marcher derrière Washington pour le sort des marionnettes du M23. Vu de loin, l’effet pratique du soutien anglo-saxon au Kenya et cette déstabilisation de l’est de la RDC serait de contenir les routes transocéaniques africaines dans l’EAC et à prévenir leur liaison avec l’Atlantique.

Washington a décidé d’intensifier ses agressions et de procéder à la déstabilisation de la RDC en jouant le double jeu. Le renouvellement à grande échelle des conflits au Congo pourrait facilement compromettre le commerce de cobalt de la Chine avec le pays et bloquer par la suite les plans de Pékin qui tient à rester le leader dans le domaine des batteries et voitures électriques et en récolter tous les avantages stratégiques.

Washington a compris les enjeux au point qu’en décembre 2022, les États-Unis ont signé avec la RDC et la Zambie dans la chaîne de valeurs de l’industrie des batteries et des véhicules électriques. Sans se départir de cette combinaison hybride de guerres civiles transnationales avec le Rwanda (Banyamulenge, RCD, CNDP et M23) et les islamistes ADF/MTM d’origine indo-pakistanaise.

La RDC expérimente déjà la quintessence militaire tactique de la guerre hybride : Ituri, Nord-Kivu et du Sud-Kivu, l’échec voulu du P-DDRCS en sont un langage géopolitique qui exige qu’on y prête toute l’attention voulue. L’est de la RDC est l’une des régions les plus géostratégiques du monde et son (in) stabilité a un impact direct sur les marchés mondiaux des minerais et des technologies associées. La guerre entre la Russie et l’Ukraine, entre Israël et la Palestine risque de plonger davantage la région dans l’instabilité à cause de ses ressources minières.

Katumbi ou Mukwege, choix cornélien pour l’Occident

La RDC est à la veille d’une (nouvelle) crise prolongée qui pourrait aggraver la guerre civile et internationale qu’elle connaît. Les déclarations de John Numbi et de Gédéon Kyungu sur la libération du Katanga et les menaces de sécession du Katanga proférées par Christian Mwando, disciple avéré de Moïse Katumbi ne sont pas des cris dans le désert. L’on pourrait voir derrière toute cette agitation la main des États-Unis qui viserait un « chaos contrôlé » pour la RDC.

Hier, c’est par Moïse Katumbi que le chaos devait passer en l’opposant à Joseph Kabila. Aujourd’hui à Katumbi, on a enjoint Dénis Mukwege, prix Nobel de la paix. Le point commun entre les deux, c’est qu’ils sont le choix et le soutien des officines occidentales. Et donc, les deux candidats ne condamnent jamais l’occupation rwandaise des territoires congolais. La différence entre ces deux candidats, c’est que leur parcours et leur projet de société les éloignent radicalement.

La venue de Mukwege a dérouté même l’Église catholique dans son choix porté sur Moïse Katumbi. Les parrains occidentaux, eux aussi, sont dans l’embarras de choix. Ils souhaitent une candidature commune à l’opposition. Mais pour quel candidat ? Sessanga Hipungu souffle le chaud et le froid. Martin Fayulu est obnubilé par ses bains de foule à Tshikapa et Kananga. Mukwege risque de brader le « Nobel ». Les élections pourraient déclencher encore plus de déstabilisation sauf si les États-Unis en décident autrement.

Comme l’a si bien décrit un article d’Andrew Korybko : « Un renouveau de la campagne séparatiste du Katanga serait régionalement aussi déstabilisant pour cette partie de l’Afrique. Des souffrances humaines en nombre incalculable accompagneront probablement toute éclosion de violence à grande échelle au Congo, mais, du point de vue stratégique des États-Unis, cela pourrait en valoir la peine si cela peut « contenir » la Chine dans le Heartland de l’Afrique ». La MONUSCO, l’EAC pour quelle mission en RDC ?

Et quelle est la part de Dieu dans tout cela ? Laisser d’abord la RDC organiser ses élections.  

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Mathias Ikem

 

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