Force de l’EAC. Entre discours politique et réalité du terrain. Comment la RDC devrait se comporter ?

(Goma. Quartier général de la Force régionale de l’EAC. Archives Les Coulisses).

Nairobi (Kenya) accueille depuis lundi 21 août 2023 des réunions d’abord entre experts militaires, puis entre les Chefs d’État-major des FDS de l’EAC et ce jeudi 24 août 2024 entre les ministres de la défense des pays membres de l’EAC.

Partira ou partira pas en septembre 2023 ? C’est la question que tout bon Congolais se pose. Pour de nombreux congolais, la Force de l’EAC doit quitter le sol congolais. Elle ne fait rien. Elle est même accusée, à tort ou à raison, de copinage avec la RDF/M 23. Partir et après ? Voilà la vraie question.

Composée de plus de 4 mille hommes, la Force régionale de l’EAC occupe des positions stratégiques qui sont le verrou de la ville de Goma contre les tentatives du Rwanda de la conquérir. Pêle-mêle, on peut citer Mabenga sur l’axe Kiwanja-Kanyabayonga. Elle est positionnée dans les localités de Kiwanja, Bunagana, Tongo. A la porte de Goma, elle est à Rumangabo-Mulimbi et Kibumba. Sur le flanc Masisi, la Force de l’EAC contrôle les localités de Mubambiro, Karuba, Mushaki, Kitchanga et Mwesso.

Comme on peut le constater, si la Force de l’EAC quittait précipitamment les positions tactiques, ce serait à l’avantage du Rwanda avec tout ce que cela peut entraîner avant, pendant et après les élections qui risqueraient même de ne pas avoir lieu comme le souhaitent les ennemis de la RDC.

En clair, le plan de désengagement de la Force régionale de l’EAC du théâtre des opérations ne pourrait être en faveur de la RDC s’il n’y a pas relève sur les positions. Aussitôt partie, chaque camp va se préoccuper de grignoter les positions militaires avantageusement opératives. Surtout quand il n’y a pas de concertation sincère au niveau politique et diplomatique pour arriver à une bonne sortie du théâtre des opérations de la Force régionale de l’EAC.

La Force de l’EAC, un mandat offensif plombé et dopé ?

Selon des analystes des questions sécuritaires, le processus de Nairobi et le communiqué de Luanda auraient plombé le mandat offensif de la Force régionale de l’EAC. Simplement parce que l’un (Nairobi) débouche sur le pré-cantonnement alors que l’autre (Luanda) oblige tout engagement des Forces de l’EAC à se référer aux Chefs d’État.

La solution pour que la Force régionale de l’EAC soit offensive réside en ce qu’il faille effacer ces deux conditions afin de permettre aux contingents de roder leurs armes. Parce que la question que l’on ne se pose pas est celle-ci : « A quoi servent les armes des contingents de l’EAC qui défilent dans la ville de Goma s’ils ne sont pas venus en touristes au Nord-Kivu ? »

Un militaire au front s’ennuie s’il n’a rien à faire de son arme selon le principe : « Quand le militaire en positionnement ne voit rien, il fait quoi ? Il ne va pas se mettre à faire la chasse aux rats quand même. » Une arme est fabriquée pour tirer et tuer pas pour la simple bandoulière. Bref, les deux documents (Nairobi et Luanda) sont devenus des charges qui bloquent le mandat de la Force régionale de l’EAC et la rend impopulaire. Il faut revoir ces deux charges pour que le mandat soit ventilé et devienne opérationnel.

Présence de la Force SADC et départ de la Force de l’EAC.

Si la Force de la SADC se déploie dans les mêmes conditions que celles du retrait précipité de la Force régionale de l’EAC, elle se retrouvera dans les mêmes dispositions/difficultés pour recouvrer les positions de la Force de l’EAC. Et la RDC fera face aux mêmes dangers d’une offensive de l’armée rwandaise non seulement sur Goma mais également sur Bukavu et Kindu.

Si la Force de la SADC se déploie aux côtés de son homologue de l’EAC (ce qui est normalement logique), les deux forces devront coordonner les opérations en terme d’occupation de couloirs pour éviter de se tirer dessus. Il est connu de tous que l’UPDF est dans une solidarité négative avec la RDF contre la RDC. Elle n’a aucunement envie de quitter la RDC. Elle peut se tourner contre le contingent de la SADC si elle est chassée de Bunagana.

Toute bonne stratégie voudrait que les deux forces opèrent au même moment sur le même terrain en se partageant les tâches et les couloirs opérationnels. Une maxime des Romains conseille de « Ne jamais entreprendre deux guerres à la fois », même si les deux voisins essaient de nous contraindre.

Et la MONUSCO dans tout ce remue-ménage ?

Des sources diversifiées, la MONUSCO prédit le chaos après son départ un peu comme la veille de l’indépendance avec la Belgique coloniale. Toutefois, pendant qu’elle est là sur le théâtre des opérations, elle ne fait rien. Elle est même invisible, effacée et inopérante.

Or, la Résolution 2666 du Conseil de sécurité des Nations-Unies autorise la MONUSCO à appuyer la Force de l’EAC. Bien plus, rapporte une source au sein de la MONUSCO qui ne comprend rien du comportement de New-York : « Il existe un cadre légal de coopération EAC-MONUSCO » et d’ajouter : « Depuis décembre 2022, l’EAC a envoyé un plan opératif à l’ONU pour autoriser l’engament de deux forces, New-York a saboté ledit plan. Aucune réponse à ce jour ».

EAC. Partira ou partira pas ? La RDC doit prendre des décisions réfléchies en tenant compte de l’attitude de nos voisins, des alliés qui viennent à son secours mais surtout de la force offensive des FARDC. Elle doit tenir compte de la politique militaire qui gouverne la région.

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Nicaise Kibel’Bel Oka est journaliste d’investigation, spécialiste des questions de défense et de sécurité dans les Grands Lacs africains.

 

About Nicaise Kibel bel

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