RDC/Butembo. 5 ans sans nouvelles des abbés Kipasa et Akilimani de la paroisse de Bunyuka

Cinq années déjà, sans aucune nouvelle des abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimani, enlevés le dimanche 16 juillet 2017 aux environs de 20 heures dans leur presbytère de Bunyuka, dans le diocèse de Butembo-Beni. Et pourtant ! Ils sont parmi nous, ces frères cités dans votre malheur et ceux qui ont concouru à ce que vous ne soyez pas retrouvés. Sans qu’un courageux lève la voix pour chercher à comprendre ce qui vous est arrivé. Sans s’apitoyer de votre calvaire. Comme dans un jeu de rugby, coup sur coup, tout le monde s’est mêlé à votre malheur. Pour quelles raisons vous a-t-on enlevés ? Quel péché impardonnable avez-vous commis pour mériter notre méchanceté ? Vos kidnappeurs exigeant des rançons parlaient tous votre langue maternelle, le kinande. En clair, ce sont vos propres enfants dans le Seigneur qui vous avaient contraints à l’errance et la maltraitance dans les forêts des ancêtres Yira.

Enquête impossible

Dimanche 16 juillet 2017 aux environs de 20 heures, les abbés Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali, tous deux du presbytère de la paroisse Reine des Anges de Bunyuka, sont enlevés par une dizaine d’hommes en armes portant des tenues militaires. Le jeune Nelson Paluku, qui dit avoir travaillé pour le commerçant Peruzi, livre une information capitale, à savoir : « Les deux prêtres avaient passé la nuit dans la ferme du commerçant, à quelques encablures de la paroisse avant d’être conduits ailleurs ». C’est dans cette ferme qu’on aurait retrouvé les habits des abbés. Le commerçant Peruzi est alors arrêté et gardé à l’auditorat en attendant l’ouverture du procès. Coup de théâtre, un groupe de députés nationaux quittent Kinshasa pour Beni et réussissent à obtenir la libération de l’homme d’affaires, après d’âpres négociations brandissant la menace de voir les groupes de pression de Butembo et les étudiants de l’Université Catholique du Graben descendre à Beni pour attaquer l’auditorat militaire. Entre les deux abbés et l’homme d’affaires, dans une solidarité négative, nos députés avaient porté leur choix sur l’homme d’affaires. Les natifs Yira ayant fait chanter la justice, le dossier est jeté dans les oubliettes. Au 1er octobre 2018, nos deux abbés étaient encore vivants. On les faisait déambuler entre Mutwanga et Lume et on envisageait les transférer vers Mwalika. Selon les messages retrouvés dans le téléphone d’un certain John Ndungo, arrêté à Mutwanga par les FARDC et conduit à l’auditorat militaire à Beni. John Ndungo ravitailleur des ADF/MTM et recruteur des maï-maï arrêté, ses complices lancent une attaque sur l’auditorat et libèrent tous les détenus. Le nommé John Ndungo avec d’autres détenus jugés dangereux avaient été exfiltrés quelques jours avant pour la prison de Bunia. Le Seigneur nous donne une nouvelle opportunité mais ne sachant pas lire les signes du temps, personne ne s’y intéressera scellant ainsi le sort de nos prêtres.

Des noms bien connus et de la manipulation consciente

Personne ne peut affirmer n’avoir pas été au courant de ce qui est arrivé à nos deux prêtres. Tout est parti d’un coup de fil de Lafontaine (vétéran dans les maï-maï) sollicitant de l‘argent avant le kidnapping, puis de Guillaume (ex-APC opérant à Kamunga dans le Graben) qui a parlé avec Mgr l’évêque pour lui exiger la rançon. Puis pêle-mêle, des noms sont cités : Guru (rebelle de Tshiabirimu), Kakolele Aigle blanc, Augustin (arrêté à Gisenyi ayant escroqué l’évêque), l’équipe des négociateurs autour de l’abbé Katsinge qui instrumentalise la Véranda Mustanga. Kamundu. Jonas Kabuyaya et Me Kakurusi présentés comme les « frappeurs ». L’abbé Katsinge qui prend son vol pour le Canada laissant les deux infortunés au cachot de l’ANR avant d’être conduits à Goma pour enfin être libérés. La toile d’araignée se referme puis silence de tous ceux qui ont crié. Et la vie qui reprenait normalement. Sans les abbés Charles et Jean-Pierre.

Charles Kipasa et Jean-Pierre Akilimali, vous ne connaîtrez pas les sublimes attractions du tombeau. Comme vos prédécesseurs Anselme Kakule Wasukundi, Edmond Bamtupe Kisughu et Jean-Pierre Mumbere Ndulani, les trois assomptionnistes enlevés dans leur couvent de Mbau presque aux mêmes heures du soir, vous ne connaîtrez pas les sublimes attractions du tombeau. Parce que le cercueil qui est la maison de chacun, selon Flaubert, vous a été interdit. Vos propres frères vous ont interdit des demeures. En tout cas pas dans notre diocèse. Naturellement vos demeures se trouvent dans les cœurs de certains d’entre nous.

Mais sachez, chers prêtres de Jésus-Christ, sachez que ce qui est invisible aux yeux de l’humain n’a pas forcément cessé d’exister. Vous existez toujours. Dans nos cœurs, vous êtes ces tombeaux fort habitables où l’on s’immobilise chaque matin pour prier et on se recueille pour le repos de vos âmes. Sans la présence des touristes. Votre absence continue de nous hanter.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

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