RDC. État de siège dans l’Ituri et le Nord-Kivu. Les leçons de l’invasion de l’Ukraine

(Front Rutshuru. Le Goupro militaire Constant Ndima visite les positions FARDC après la frappe contre les éléments rwandais du M23)

L’invasion de l’Ukraine par les troupes russes de Poutine, outre qu’elle doit interpeller les bonnes consciences singulièrement le peuple congolais dans le chef de qui on observe une certaine naïveté quant aux relations internationales, pose et invite à une certaine réflexion notamment sur la défense nationale, les relations de voisinage, les relations de coopération entre États et l’attitude nationaliste ou non de tout un peuple. Surtout en ce moment où depuis mai 2021, le Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi a décrété l’État de siège dans deux provinces de l’est de la RDC. La proclamation de l’État de siège a donné lieu à des prises de position aussi controversées que violentes notamment de la part de certains ressortissants de ces deux provinces, dans le rang desquels les députés provinciaux. Des prises de position qui pourraient se révéler enfin au service de l’ennemi. En plein État de siège, aux mois de novembre 2021 et février 2022, le voisin immédiat a lancé des offensives contre les positions des FARDC sous la fausse et éhontée identité du mouvement rebelle M23 déjà défait. Dans son cynisme, les premières attaques de novembre 2021 ont eu lieu au moment où l’État-major général des FARDC était en inspection des troupes au front et en tournée dans les pays voisins jusqu’à Kigali. Il eut fallu un déploiement musclé des unités de l’armée appuyées par la Garde républicaine pour repousser les troupes du voisin rwandais. Cette manœuvre de déception n’avait pour finalité que fragiliser les opérations Sukola I contre les jihadistes MTM (que, ironie du sort, le Rwanda combat au Mozambique).  De deux, il est observé chaque fois que les FARDC planifient des opérations contre les FDLR dans le Rutshuru, le voisin immédiat lance des opérations pour déstabiliser le front. Les réponses aux nombreuses provocations du Rwanda ne pourraient être efficaces sans la présence de l’État de siège. Affirmer le contraire serait servir les intérêts de l’ennemi. L’invasion de l’Ukraine a montré, si besoin en est, que les États n’ont pas d’amis ni de frères uniquement les intérêts. Alors que les États-Unis prédisaient depuis des semaines cette agression, l’Europe les accusait de pessimisme sur les chances de la paix. Au finish, ils ont tous déplacé leurs représentations diplomatiques vers la Pologne. Des pays alliés annoncent sur des plateaux de télévision qu’ils vont envoyer des armes à l’Ukraine. Ce qui est contraire à la discrétion qui entoure une opération militaire sauf si on veut permettre à Poutine de les saisir. L’on peut s’interroger, à juste titre, sur l’attitude de certains compatriotes à condamner l’État de siège (sans y apporter d’autres alternatives) dans une région des Grands où l’observe entre les peuples la persistance de la méfiance historique, culturelle et politique. Bien plus, il semble que la RDC est sous embargo d’importation des armes. Si tel est le cas, la RDC est comparable à un boxeur sur le ring, les mains et poings liés. Comment un pays attaqué, envahi, agressé par ses voisins immédiats et lointains, peut-il se défendre quand il est sous embargo ? L’exemple de l’Ukraine interpelle. La beauté dans la guerre d’invasion de l’Ukraine se trouve dans l’admiration de tous ces jeunes femmes et hommes qui ont résolu de défendre leur patrie. Ayant compris que 43 millions de personnes ne pourraient devenir des réfugiés. Ils ont répondu à l’appel du président Zelensky : Réservistes de l’armée et les autres citoyens capables de prendre les armes ou d’utiliser des cocktails Molotov pour défendre la nation. Geste hautement patriotique.

Dans l’est du pays où pullulent des groupes armés locaux, jamais ils ne voient venir l’ennemi. Plus encore, le Rwanda sous étiquette M23 peut traverser des villages sur le sol congolais sans que la population n’oppose une moindre résistance. Nos groupes armés s’attaquent aux FARDC. Même dans les Hauts et Moyens plateaux d’Uvira, devenu notre Israël-Palestine, les milices locales sont au service des pays voisins avec qui ils échangent les minerais contre les armes. C’est ici qu’il faut saluer l’appel du Gouverneur civil (en congé) du Nord-Kivu, Carly Nzanzu Kasivita adressé aux milices ethniques de cesser de s’attaquer aux FARDC. Comme, par ailleurs celui du président de l’Assemblée nationale, Christophe Mboso : « Chers collègues, quittez les groupes armés ! » La RDC ne dispose pas des Réservistes. Son armée souffre de manque d’effectifs et souffre de la diabolisation, de l’infiltration, de la corruption et de la trahison.

Avec ses 80 millions d’habitants, la RDC n’a même pas une armée de taille de 1 % de sa population. Si tous ces jeunes déversés dans les groupes de pression financés par Georges Sorros pouvaient comprendre qu’il faut soutenir les forces de défense et de sécurité, le visage de la RDC aurait changé. Autrement, comment, dans de telles conditions, la RDC peut-elle avoir l’intelligence de ses ennemis afin de se doter d’une défense et être prête à se réformer radicalement pour répondre aux menaces actuelles et à venir ?  Les premières formes de résilience d’une nation pour le passé comme pour l’avenir, écrit Attali, résident dans sa Police et son armée ». L’invasion-agression de l’Ukraine par son voisin devrait offrir des opportunités de repenser notre système de défense nationale et de la projeter dans le présent et l’avenir afin de répondre aux menaces actuelles et à venir. La RDC doit cesser d’être ce géant au pied d’argile qui permet à des armées du monde, souvent moins outillées et mal entraînées que la sienne à venir faire du tourisme sur son sol. Soutenir l’État de siège en y contribuant par des conseils et analyses à l’amélioration des conditions de sa réussite est aussi un devoir citoyen. Autrement, les menaces réelles et les appétits de nos voisins, la convoitise mondiale aidant, la RDC risque de disparaître comme le souhaitent certains voisins à la manière de Poutine pour l’Ukraine.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Directeur du Centre d’Études et Recherches Géopolitiques de l’Est du Congo (C.E.R.G.E.C)

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