RDC-Ouganda. Opération Shujja contre les ADF/MTM. Entre enlisement et autosatisfaction !

(Beni. Le Haut commandement militaire FARDC et UPDF en évaluation des opérations de lutte contre les islamistes MTM). 

Les FARDC et l’UPDF, deux armées conventionnelles, sont inadaptées à une menace asymétrique qui tire sa force de son enracinement dans la population, combinant coercition et proximité. Il y a lieu de craindre l’inexorable enlisement dans cette guerre hybride qu’utilise des moyens non conventionnels. Ceci est une conviction qui, malheureusement, pourrait s’avérer vraie au regard de la réalité du terrain. Surtout que l’UPDF continue d’appeler les MTM (IS-CAP) par leur surnom ADF/NALU minimisant la portée de leur idéologie.

Lundi 6 mai 2024, les délégations de deux armées qui mènent ensemble l’opération Shujja contre les islamistes MTM dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Iuri se sont retrouvées à la frontière de Kasindi. Dans leur déclaration, les deux chefs d’états-majors ont exprimé leur satisfaction sur le déroulement des opérations se vantant même d’avoir neutralisé des commandants des ADF/MTM. Ce qui n’est pas faux.

Seulement, en trois ans, quel bilan réel peut-on présenter au regard de la menace jihadiste et des personnes qui ont une fascination pour la violence ?  L’aveuglement pour une armée surgit lorsqu’on répète à longueur de journées que la situation est sous contrôle alors que chaque jour on enregistre des tueries de grande ampleur et des destructions méchantes.

La question essentielle reste celle-ci : « Jusqu’où ira la mutualisation des forces FARDC-UPDF dans la lutte contre les terroristes MTM ? ».

En clair, cette question sous-tend une réponse qui exige un calendrier réaliste au bout duquel, si les résultats escomptés ne sont pas obtenus, y mettre fin et prier l’UPDF de se retirer du territoire congolais. Le reste se ferait dans le partage de stratégie et du renseignement.

Au regard d’une bataille idéologique perdue avant même de l’avoir amorcée, l’on peut dire sans risque de se tromper que cette guerre contre les ADF/MTM ne se terminera pas dans les termes que tous veulent. Non seulement parce qu’il n’a jamais existé une définition claire de la ligne stratégique mais surtout parce que, dans sa proximité avec les populations locales, l’ADF/MTM a développé des réseaux actifs et dormants opérant dans une sorte de cloisonnement difficile à disséquer et à démanteler.

Une proximité avec les populations locales

A la difficulté de déterminer qui dans la population travaille avec l’argent et pour le compte des terroristes MTM, il faut ajouter celle qui voit chaque mois, venir de nouvelles recrues en provenance de tous les pays de l’EAC. Elles passent entre les mailles de filet de services de renseignement de tous les pays de l’EAC.

La ville de Butembo constitue un haut lieu d’accueil, d’hébergement des islamistes et de carrefour pour atteindre la forêt. Les capturés et/ou rendus donnent des informations ahurissantes sur les passeurs et autres agents au service des terroristes MTM. Par les mises en œuvre répétées de tactique et de technique de guerre non conventionnelle, les MTM sont passés maîtres dans des actions de type guérilla : concentration des efforts, omniprésence, fluidité, dispersion, dissimulation et secret des opérations. Avec une capacité de régénération et d’adaptabilité en se reconstituant après des revers subis.

Lorsqu’ils sont bombardés dans le secteur du Ruwenzori (Beni), ils se déplacent vers Mambasa (la Route nationale 4) traversant la frontière entre Beni et Ituri grâce à la couverture végétale qui leur fournit les meilleures cachettes et à la dissimulation dans la population. Le repli ou la dissimulation quand la force opposée leur est supérieure, ils se désagrègent momentanément pour se fondre dans la population. Pour imposer la terreur, ils tuent au nom d’Allah. Or, la RDF/M23 a démontré que l’homme n’a pas besoin de Dieu pour tuer son prochain. Il le fait déjà bien avec des bombes dans des camps des déplacés.

Boucher les portes d’entrée vers Beni

Si les services de renseignement ougandais sont incapables de démanteler le réseau terroriste sur son sol, combien à plus forte raison, pourront-ils mettre fin à la menace sur le sol congolais ?

Les combattants au jihad armé se jouent de notre faiblesse notamment les failles du système sécuritaire. Les recrues proviennent de partout vers Beni pour gonfler le nombre des convertis dans l’Oumma des Croyants qu’est Madina et y mener la guerre sainte.

Pour montrer que la porosité des frontières leur est favorable, les capturés après des affrontements signalent leurs nationalités et les postes frontaliers par où ils sont entrés sur le sol congolais. Et donc, croire que la victoire contre les islamistes MTM s’obtiendra en les combattant sur le sol congolais serait un leurre.

L’armée kényane (KFD) combat Al Shebaab en Somalie depuis octobre 2011 avec succès mitigé. En décembre 2024, ATMIS mettra fin à sa présence en Somalie sans avoir réussi à éradiquer les Al Shebaab. Les États-Unis, malgré les moyens colossaux et sophistiqués engagés au front, se sont retirés de l’Afghanistan après 20 ans de guerre laissant aux talibans le terrain. Au Sahel, la France a été contrainte à jeter l’éponge face à des forces jihadistes déterminées et protéiformes là où elle s’enlisait déjà.

La stratégie de contre-insurrection, genre verre à moitié plein, ne paie pas à Beni. Les timides succès engrangés ne correspondent pas aux attentes de la population. Il faut redéfinir les stratégies de lutte contre le terrorisme islamiste en RDC par nos Forces de défense et de sécurité en prenant en compte les populations et les milices locales qui lui servent des béquilles, étudier une nouvelle sorte de coopération en matière de sécurité avec l’UPDF et avoir le courage d’envisager la fin de l’opération Shujja. Éviter de faire la guerre de retard.

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Mathias Ikem

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