RDC/Présidentielle. Journalisme de connivence et loterie autour du candidat Katumbi

(Les opposants à Félix Tshisekedi, hier égaux et tous vêtus de blanc, aujourd’hui divisés avec le concours de la presse. Photo tiers).

« Comment Matata Ponyo, le seul candidat ayant une longue expérience dans la gestion de la chose publique peut se désister au profit de Katumbi ? Pourquoi les médias sont-ils complaisants devant des faits pareils ? » Interpellé par un groupe de jeunes gens qui assistaient médusés au retrait de la grande affiche du candidat Matata Ponyo dans la ville de Goma, nous essayons d’y répondre.

En effet, de tous les candidats de l’opposition, Augustin Matata Ponyo aurait été le meilleur candidat contre Félix-Antoine Tshisekedi

si on s’en tenait à son cursus professionnel. Non seulement qu’il répond à la loi Tshani mais surtout Matata Ponyo a un parcours professionnel très enviable. Directeur général du BCECO pendant près de 5 ans, ministre des finances dans le gouvernement Gizenga, rescapé du crash de Bukavu, Matata Ponyo Mapon a été Premier ministre pendant près de 4 années sans interruption. Comme il s’en vantait récemment : « C’est sous ma gestion comme Premier ministre que nous avons mis fin à l’aventure des rebelles du M23 ». Aujourd’hui, Matata Ponyo est promoteur de l’Université Mapon de Kindu sanctifiée par certains princes de l’Église catholique qui s’y étaient rendus et également professeur d’économie.

Mais alors qu’est-ce qui s’est passé pour qu’il jette l’éponge au profit de Moïse Katumbi sans avoir battu campagne, sans avoir interrogé les membres de son parti politique ? Certes les voix qui mènent à Moïse Katumbi sont insondables mais la population attend de la presse des explications. Elle veut savoir pourquoi la presse ne s’intéresse pas à Martin Fayulu, ni à Denis Mukwege qui, pourtant, sont toujours dans la course. Ne pas le dire, c’est dissimuler au public des informations pouvant avoir des conséquences importantes sur l’avenir du pays. Ce droit, seuls les journalistes en bénéficient dans leur rôle de témoin-ambassadeur, de contrôle et de rayon de la démocratie.

En RDC, il existe une race des candidats en rien. Ils postulent à la présidentielle à chaque élection tout en sachant qu’ils n’ont pas de bases fortes. Toujours candidats à rien et à la fin, ils s’allient aux autres pour en tirer des dividendes. Ils sont remboursés sur la caution versée plus intérêts et prime de ralliement. C’est aussi une stratégie. Ils s’adjugent les services des journalistes qui les aident dans ce marché juteux. On ne se pose même pas la question si l’appel de ceux qui se désistent au profit d’un autre candidat sera entendu et respecté par sa base.

Répondre à cette question signifie aussi dire les contours de la construction médiatique autour de Moïse Katumba pour faire de lui le candidat chouchouté par les grands médias, l’Église catholique de la RDC et les grandes puissances. Contrairement à Matata Ponyo, la vie publique de Moïse Katumbi s’étend dans le football avec le TP Mazembe et s’arrête à la riche province du Katanga où il a exercé pendant près de 9 ans les fonctions de gouverneur de province. Pour une catégorie de Congolais, Moïse Katumbi est connu comme « papa bonheur » qui, jusqu’à une époque récente, distribuait de l’argent sans compter.

La séduction financière serait-elle l’arme du reportage ? Lorsqu’on suit ou on lit des articles écrits par des professionnels des médias congolais sur la campagne électorale, on détecte sans surprise le journalisme de connivence. Nombreux violent délibérément l’éthique et la déontologie en période électorale notamment sur l’exactitude des faits vérifiés. Comment un professionnel des médias peut, depuis Kinshasa ou Paris, écrire que « Le candidat X a drainé une foule impressionnante lors de son meeting dans une ville de plus de 5 millions d’habitants comme Kisangani sans dire avec exactitude les proportions de personnes qui ont répondu présentes au meeting ? »

On assiste à des pratiques courantes de manipulation, de désinformation et de propagation de rumeurs qui ne profitent pas aux candidats mais qui préparent le lit à la contestation des résultats. Lorsque des professionnels des médias font partie des équipes de campagne et accompagnent les candidats partout, ils ne se demandent jamais où s’arrête la bienséance (la magnanimité du futur président).

La connivence est un obstacle à la liberté de la presse. Elle est au journaliste ce que le conflit d’intérêts est au politique. Ceux qui qui le pratiquent se comportent en communicants et non en journalistes. La connivence crée une barrière entre le journaliste et le citoyen. Elle s’affiche sans gêne, sans aucune retenue et nuit à l’indépendance du journaliste qui est le seul bien le plus précieux qu’il possède. Voilà comment la parole du pasteur même inspiré par le Saint Esprit et/ou l’écrit du journaliste peut tuer. En RDC depuis 2006, elle fait tuer des citoyens et citoyennes lors de la proclamation des résultats de la présidentielle.

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Mathias Ikem

 

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