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Goma/Nord-Kivu. Une année d’occupation rwandaise si comme c’était hier. Le tragique côtoie toujours la population

(Goma. Terreur et désolation dans les rues et dans les cœurs après 5 jours de combats RDF contre FARDC. Archives)

Ce n’est pas une histoire à raconter mais une réalité que vivent les populations de Goma sous occupation rwandaise depuis l’offensive lancée sur la ville touristique le 27 janvier 2025.

La question qu’on ne se pose plus est celle de savoir : « Que vit cette population et comment vit-elle cette occupation ? »

Se réveiller un matin sous des bombes avec des cadavres dans toutes les rues, des biens pillés et expédiés au Rwanda et des autorités inconnues, c’est le drame. Plus qu’un drame, c’est une tragédie.

L’esthétique aristotélicienne avait ce goût amer qu’elle mettait au front des membres d’une même famille. Ce qui provoquait des scandales adulés par le public. Le cynisme pour la population de Goma dans cette agression, c’est qu’après des combats à l’arme lourde opposant l’armée rwandaise aux FARDC et qui ont duré 5 jours, voir des Congolais venir s’approprier les cadavres, les destructions méchantes et les pillages des biens. Au nom d’une libération. C’est là où le ridicule ne tue plus.

Une année d’occupation de Goma, douloureux anniversaire, le spectre de la violence continue de nous hanter tous, les vaincus, les marionnettes et l’occupant. On aura beau dire des messes et faire communier les rebelles de l’AFC (ceux du M23 ne vont pas à la messe), ça sera en pure perte pour eux et pour ceux qui le font. Parce que la notion du péché revisitée ne saurait être pardonnée dans un spectacle, fut-il, devant un évêque.

Une ville de plus de 2 millions d’habitants qui se retrouve aujourd’hui avec près de 500 mille habitants, il y a de quoi ne pas se réjouir. Il eut nettoyage.

Le 27 janvier 2025, après la coupure d’eau et d’électricité sur ordre de Kigali, la ville de Goma, plongée dans le noir, a été secouée par des bombardements. Des tirs à l’armes lourde déchiraient le ciel. Les familles ne savaient pas par où mettre la tête. Aujourd’hui dispersées. La prison de Munzenze était vidée de ses pensionnaires mais pire, le pavillon des femmes et enfants avait été incendié. Le camp militaire de Katindo connaissait l’horreur due à la méchanceté des hommes : femmes et enfants des militaires massacrés à la grenade sans autre forme de procès. Des cadavres jonchaient les rues. Dans des hôpitaux, des femmes enceintes accouchaient sous l’effet des bombes. Les enfants de rue (mayibobo) avaient disparu parce que cette ville devait devenir la ville la plus propre du monde. Les échoppes étaient pillées. Les entrepôts d’ONG notamment du CICR éventrés pour qu’aucun déplacé ne reste dans la ville. Les camps des déplacés avaient été bombardés et les déplacés chassés.

Ici se commettaient, en 5 jours, les graves violations des droits humains. Les soldats rwandais visitaient les hôpitaux notamment Heal Africa pour extraire les blessés et les garde-malades. Les écoles étaient sabotées. Des changeurs/bradeurs de monnaie et des vendeurs de cartes SIM étaient la cible de la RDF.

La terreur régnait entre les vivants et les morts. La ville sentait le miasme des corps abandonnés tant les morgues étaient remplis de cadavres. La pourriture. On enterrait dans des fosses communes.

(Goma 2025. Enterrement des corps dans les fosses communes par la Croix-Rouge. Archives)

Ils étaient venus pour faire le boulot. Une fois le boulot terminé, on vit les premières figures des héros fainéants et mécréants revendiquant le chaos : Corneille Nangaa arriva. Puis les évêques de la CENCO-ECC pour absoudre les péchés des pantins qui n’en ont pas commis puisque c’est la RDF qui avait mis Goma à feu et à sang. Enfin, le théâtre à la manière de la tragédie d’Aristote fut clôturé en mai avec Joseph Kabila. Tout le monde retenait son souffle.  Les cachots sont toujours bondés de ceux accusés d’être anti révolutionnaires.

Qui pourra réparer l’irréparable si les « rebelles » continuent de bénéficier du pardon ecclésiastique ? Qui pourra réparer l’irréparable si Kigali dit être aux côtés du M23 pour protéger les Tutsi ? Dans un passé récent, l’ancien évêque d’Uvira, Mgr Jérôme Gapangwa a jeté le pavé dans la marre déclarant que lui, Munyamulenge come tous les autres, n’avait jamais été Congolais depuis sa naissance jusqu’à son retour au Rwanda. La CENCO a gardé un silence de la honte.

On peut tout dire et même faire semblant de le reconnaître. La prise et l’occupation de Goma par la RDF a fracturé socialement cette population laborieuse, a désarticulé les structures scolaires et religieuses, détruit l’élan commercial et économique. Heureusement, qu’on observe encore la résilience et la résistance dans la population et que le sentiment d’être Congolais et d’appartenir à cette nation va croissant.

A l’époque, je demandais à un ami évêque pourquoi il y avait tant de violence même chez les personnes qui priaient ensemble. Il me répondit en un mot : absence d’amour.

Le régime de Kagame a réussi à cultiver la haine dans le cœur des gens. Il a réussi à opposer les communautés et à faire de certaines des boucs émissaires de sa politique. Malheureusement, le régime FPR a des sympathisants même au sein de l’Église universelle. Certes, il faut aimer nos ennemis même quand ils nous tuent.

Une année sous occupation militaire rwandaise, la population congolaise connaît l’humiliation doublée d’une imposition des taxes même sur les élèves. Des fonctionnaires de l’État sont remplacés. Une nouvelle justice s’est installée qui réglemente la question terrienne dans la ville alors que dans le Masisi, ce sont des populations inconnues qui s’installent.

Au final, Corneille Nangaa est venu créer davantage des problèmes là où les éternelles questions de terre et d’espace vital n’étaient pas encore réglées. Corneille Nangaa est venu ajouter de la haine sur un feu qui couvait. Corneille Nangaa a porté un habit qui ne lui convient pas. C’est un être de trop dans une cause qu’il ne comprend ni les tenants ni les aboutissants. Comme Wamba dia Wamba, Lunda Bululu, Z’haïdi Ngoma, Émile Ilunga, Jean-Marie Runiga, Bertrand Bisimwa et consorts.

Comme avec l’AFDL, c’est notre armée qui a subi de l’humiliation par ses propres enfants au service d’un pays agresseur. Ce sont des familles entières qui ne savent plus vivre ensemble. C’est des amitiés perdues lorsqu’on est soit du camp de la nation, ou de celui de la rébellion. C’est la nation qui pleure ses enfants fauchés sur ordre et pour le compte d’un agresseur.

Paul Kagame est un mauvais stratège. Car, le stratège doit agir comme le conseille Onasandre : « Le stratège est ainsi supposé afficher une « bienveillance amicale » à l’égard de l’ennemi. En agissant en « homme de bien », il se prémunit contre la vengeance de l’ennemi et il cultive l’image du général magnanime soucieux de ne pas accabler son adversaire défait, devenant ainsi « l’habile stratège de sa propre gloire ».

Massacrer l’ennemi peut être une satisfaction à court terme pour le stratège animé par la volonté de puissance, mais souligne Onasandre, cela est un mauvais calcul à long terme : « L’ennemi, anéanti et humilié, n’acceptera pas de bonne grâce de se plier à la volonté du vainqueur et, tôt ou tard, voudra réparer l’affront dont il a été victime ».

Union de prière avec toute la population de Goma, Bukavu et Uvira qui ploie sous le joug de l’agresseur. Bientôt, ça sera les larmes de joie dans les embrassades et les accolades.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

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