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RDC. 2 août 1998. Pourquoi ne parlent-ils jamais ? Leur témoignage aurait pu sauver la nation

( La délégation des rebelles du M23 ancienne formule aux négociations de Munyonyo/Kampala en 2012. Archives Les Coulisses).

Pourquoi gardent-ils silence depuis 30 années ? Parce que la honte les anime ? Par peur d’être tués à leur tour ? Cela fait 30 ans que le pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR) se présente en créancier et utilise des Congolais (surtout Tusti et Hutu) en véritables débiteurs du créancier. Et le cycle des massacres continue avec la même ampleur, les mêmes méthodes, bref la même idéologie.

Le 2 août 1998, quand le FPR lance sa 2ème guerre d’agression de la République démocratique du Congo, 37 officiers des Forces armées congolaises (FAC) seront amassés sur le tarmac de l’aéroport de Kavumu/Bukavu avant d’être massacrés avec des mitrailleuses.

Leur péché ? C’est d’avoir refusé de tourner les armes contre la république qui les a nourris. Ace jour, de nombreux débiteurs du régime FPR qui ont massacré les populations à l’est du Congo sont des officiers supérieurs et généraux au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).

Leur attitude, à ne point douter, est un silence total qui n’est jamais une indifférence à ce qui se déroule depuis 30 ans. Parce qu’ils ne seront jamais fiers d’eux-mêmes et de cette vie menée sous les ordres de Kigali et surtout ils ne pourront/ne sauront raconter leur parcours à leurs enfants sauf s’ils doivent leur mentir.

La date du 2 août sème une sorte de panique et de pagaille dans le cœur de nombreux compatriotes hantés par l’ombre des morts chaque nuit. Les morts ne sont pas morts.

Le tort de la RDC accumulé depuis 30 ans

Pourquoi cela dure et comment la même situation se reproduit sans qu’aucune solution ne soit trouvée ? Vit-on une vie de légèreté congénitale dans un sommeil cataleptique sans stratégie ?

La réponse est simple et se résume en un tort, le tort de la RDC.

En effet, le tort de la RDC depuis 30 ans aura été/est de ne pas avoir été méchante avec les méchants qui tuent les populations et qui déstabilisent le Congo et la région des Grands Lacs.  Et de les avoir amadoués jusqu’à leur confier des postes de responsabilité. Leur moyen d’agir est resté le même : l’intimidation, le mensonge, la peur et la mort.

(Goma. 1996. Laurent Kabila et le gouverneur Léonard Kanyamuhanga. Derrière, Bizima Karamuheto. Archives Les Coulisses).

Lorsqu’on entend les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) exiger un dialogue inclusif en le conditionnant par la présence des débiteurs du FPR qui continuent de tuer, l’on s’en moque parce que, selon eux, l’anthropologie chrétienne se fonde sur l’homme écartelé entre la « péché » et la « grâce ».

Les évêques prêchent la grâce de la rédemption qui ouvre le chemin du paradis. Et non pas de la damnation sur terre selon le principe « Ne jugez point ».

Mais également, selon le principe de la non-réversibilité aux destins humains (le principe quantique) puisque une valeur et son contraire peuvent cohabiter sans s’annuler. Les victimes rd-congolaises cohabitent avec leurs bourreaux nationaux et étrangers (rwandais et ougandais) sans s’annuler.

A Goma comme à Bukavu, Corneille Nangaa peut donner l’offrande lors de l’eucharistie et même bénir des enfants dont les mères ont été tuées. Heureusement que Makenga Ruzangiza alias Sultani refuse de se présenter devant l’autel pour recevoir la bénédiction/malédiction. Lui, au moins, sait que le Seigneur sait.

Rwandophones et autres aventuriers congolais sont sous la férule d’un père adoptif intransigeant auprès de qui ils cherchent amour, protection et pouvoir. Or, le père adoptif ne les aime pas. Il ne les protège pas. Et ne leur donne pas le pouvoir recherché. Eux, les enfants accèdent à une soumission proche de l’envoûtement.

Pour quoi ne parlent-ils pas ? Or, leur témoignage aurait aidé et sauvé des milliers de personnes. Leurs témoignages salvateurs auraient empêché à d’autres compatriotes d’adhérer à ce dessein mortifère et de déshabiller le roi.

(Goma. Le Cmd Jean-Pierre Ondekane, Z’haïdi Ngoma et Rwamakuba alias Déogratias Bugera au musée.  Archives Les Coulisses).

Ils sont habités par la honte et des tourments. Ils sont comme des maudits. Ils vivent cachés de peur d’être découverts et par le père adoptif et par la nation.  

Et le tort de la RDC est de ne pas avoir été assez méchante avec les méchants, de continuer à les amadouer avec des postes de responsabilité.

Posez la question suivante aux évêques de la CENCO : « Comment vit un pécheur qui a tué pas un seul mais plusieurs de ses semblables ? Comment se sent-il lorsque la République évoque le 2 août ?»

Ma réponse est un extrait du poète polonais Zeslaw Milosz :

«Toi qui as lésé l’homme simple,

Éclatant de rire devant sa détresse,

T’entourant d’une cour de bouffons,

Pour la confusion du bien et du mal,

Ne te crois pas en sécurité

Le poète se souvient,

Tu peux le tuer-un autre poète naîtra

Seront inscrits les actes et les paroles »

Congolais Téléma. Qui dit mieux !

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Nicaise Kibel’Bel Oka

 

 

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