RDC/Unikin. La Fac. des Sciences Sociales, Politiques et Administratives a réfléchi sur le terrorisme en RDC

(Université de Kinshasa. Vue d’une partie de l’auditoire lors de la conférence. Photo Les Coulisses).

Kinshasa. Vendredi 24 septembre 2021. Les étudiants et autres curieux du savoir ont envahi l’amphithéâtre de la Faculté des Sciences SPA sur la colline inspirée. Au menu une conférence au titre actuel et très prenant : « Terrorisme en RDC. Mythes ou réalités ? » Tout le monde en parle et les sceptiques attendent des attentats dans la ville pour y croire. C’est à cet exercice que 4 orateurs se sont livrés entre 11h15 et 14 heures laissant l’auditoire dans une soif inassouvie.

Le premier orateur, le professeur Patience Kamanda a ouvert la conférence avec une lecture sur : « Le 11 septembre 2001 et son impact sur le terrorisme internationale ». L’orateur a brossé le spectacle qui s’est produit aux États-Unis, ses conséquences à travers l’offensive occidentale contre les axes du Mal dont l’Afghanistan, la Syrie et les autres pays accusés de soutien au terrorisme d’Al-Qai’da et Ousama ben Laden. A travers différentes approches, il a donné une compréhension ce que le monde entier entend par terrorisme et la difficulté qu’il y a d’en donner une définition précise, exacte et rationnelle. Toutefois, il a relevé certains indices qui participent à cette acception du mot notamment la violence, la terreur psychologique, le caractère politique et prémédité de l’acte. Le deuxième orateur, le professeur Boniface Kabanda a abordé « Le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent ». Faisant référence à l’argent produit dans certains pays du Moyen Orient ( des pétromonarchies) qui, sous des dons et autres et sous prétexte de sauver l’humanité de la pauvreté, tombent dans nos pays. Il a relevé un fait, à savoir l’économie de la RDC est contrôlée par des Indo-pakistanais (Libanais, Iraniens, Pakistanais ) qui transforment le pays en champ des conflits entre Chiites et Sunnites et se livrent dans l’immobilier, la finance et toutes sortes d’activités génératrices des bénéfices servant à financer le terrorisme. Le journaliste d’investigation Nicaise Kibel’Bel Oka a abordé le sujet « Terrorisme en RDC. Cas des ADF/MTM. Une menace pour la nation ? » Rejoignant les deux premiers orateurs, Kibel’Bel Oka a reconnu la difficulté d’avoir une définition commune du terrorisme ; difficulté due au fait que le terroriste ne se reconnaît pas dans ce qualificatif. Pour eux, ils sont des altruistes car ils s’imaginent se battre pour défendre leur vie et celle des autres. L’exposé du journaliste fut suivi d’une projection des images des islamistes avec des enfants et femmes en plein endoctrinement, armoire à clou et la découverte par les FARDC et la FIB des bunkers. Le 4è intervenant Idriss Katenga, ancien Secrétaire général de la Communauté islamique du Congo (COMICO) a abordé la question :« Le terrorisme islamiste est-il dans nos murs ?» Idriss Katenga a, naturellement, nié le jihad islamiste en RDC et n’a pas su qualifier les tueries de Beni aux cris de « Allah akbar » ni l’assassinant de deux imams. L’islam est une religion de paix et d’amour. Toutefois, le jihad, cet effort de dépassement doit être utilisé pour défendre l’Oumma quand le pays de l’islam est menacé. Or, en RDC, l’islam n’étant pas sous menace, il n’y a pas de raison qu’il y ait le jihad défensif, le jihad armé. Bien plus, pourquoi les islamistes laisseraient-ils le Maniema, berceau de l’islam, pour venir à Beni ? Pour Idriss Katenga, l’islam se prote bien en RDC. Il n’y a pas des jihadistes ni des islamistes à Beni. Le débat à travers questions et réponses notamment celles du professeur Kazumba Tshiteya (doyen de la faculté des Sciences SPA ) a pu recadrer les choses notamment sur le financement du terrorisme et sur les islamistes qui prennent l’alcool. Pour le professeur Patience Kamanda, trouver la ligne de démarcation entre guerre, guérilla (petite guerre), terrorisme, rébellion, insurrection, groupes armés, asymétrie…fut l’exercice auquel il a été soumis. Le professeur Boniface Kabanda a replacé les enjeux du financement et du blanchiment d’argent à travers une économie congolaise ouverte qui recycle l’argent sale. Le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka a remis les choses à leur place en faisant la différence entre « Unicité de Dieu » entendue comme le 1er de cinq piliers de l’islam dans cette différence fondamentale entre l’islam (religion de la soumission, de l’assujettissement) et le christianisme (religion du libre arbitre dans le choix à faire entre le Bien et le Mal) et est remonté sur les vraies origines des ADF, à savoir les Tabliq, leur migration jusqu’à s’établir dans cette zone grise du parc national des Virunga. La capture du Jordanien Abou Omar mais également sur la taqiyya. Bref, le prof Kabanda et le journaliste Kibel’Bel Oka ont été unanimes à reconnaître que le terrorisme est une réalité en RDC et constitue une grande menace pour tous, musulmans et/ou chrétiens, animistes ou athées. La RDC doit donc se défendre pour elle-même. Il s’agit d’un enjeu stratégique de sécurité et de défense. Bruce Hoffman souligne le caractère prémédité, planifié, calculé du terrorisme incluant la dimension psychologique concernant tout autant la menace de violence que l’acte violent lui-même. Le terrorisme est spécifiquement destiné à produire des effets psychologiques qui touchent un cercle plus large que la ou les victimes immédiates et l’objet directement de l’attentat. Le politologue et DG de la RTNC Freddy Mulumba a appelé le public, citant le professeur Godefroid Kä Mana d’heureuse mémoire, à la culture de l’intelligence supérieure pour relever le défi auquel est confrontée l’élite congolaise et affronter les enjeux de géopolitique et de géostratégie autour de nous et dans le monde.

La modération a été menée avec maîtrise par le professeur Godé Mwamba Matonzi. Il est important de rappeler que trois des orateurs sont des écrivains et chercheurs. Cette conférence est dans la suite d’une série de conférences-débat de haute facture organisée par la Faculté des Sciences Sociales, Politiques et Administratives de l’université de Kinshasa en partenariat avec la Direction générale de la Radio Télédiffusion nationale congolaise (RTNC).

Mathias Ikem

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