(Le général Peter Chirimwami au fronnt contre les ADF/MTM. Archives Les Coulisses).
Le gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Peter Chirimwami Nkuba a été assassiné jeudi 23 janvier 2025 entre la cité de Sake et Mubambiro sur l’axe Goma. Il s’y était rendu pour encourager les éléments des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) au front contre l’armée rwandaise (RDF) qui tenait à prendre la ville de Goma.
Annoncer la nouvelle comme les reporters de la Bible l’ont fait sur Jésus : « Jésus de Nazareth est mort sur la croix à 15 heures à Golgotha, une couronne d’épines sur sa tête, pieds et mains cloués et les deux côtes percées par des soldats, accompagné de deux larrons ».
Le reportage. Le soldat de Marathon l’a fait : annoncer la nouvelle.
Le général Chirimwami est mort sans aucun reportage de presse. Dans le reportage sur la mort de Jésus, ce qui comptait c’était annoncer la mort. Preuve. Jusqu’à ce jour, 21 siècles après, l’Église n’a jamais trouvé nécessaire de donner l’identité des soldats et de deux brigands. On aurait souhaité entendre des journalistes de Goma un reportage genre : « Le convoi du gouverneur militaire du Nord-Kivu, le général-major Peter Chirimwami a été attaqué au niveau de… Il y aurait des blessés et vraisemblablement de morts. Ils ont été pris en charge par les services médicaux. Ceux des blessés en état critique seraient transférés à Kinshasa pour des soins appropriés. Nous y reviendrons avec de plus amples détails ».
Une presse qui trahit la vérité par la conspiration du silence

(Les journalistes de l’espace Grand Nord lors de la commémoration de la journée internationale de la presse. ARchives Les Coulisses).
Le deuxième volet de failles, c’est la prise en compte de la communication de crise ou de la communication de guerre. Les journalises de Goma ont failli à leur mission et ont présenté une image d’amateurs dans une sorte de conspiration du silence. D’abord, le gouverneur militaire était filmé en direct du front. Ce qui est une erreur de communication de guerre. De deux, les journalistes qui ont fait le direct ont disparu avec l’information sur la mort du gouverneur et ce, jusqu’à ce jour. Incroyable aussi que l’information de la mort du gouverneur vienne du M23 et des médias occidentaux qui n’étaient pas au front. Devant un si grave événement, la conspiration du silence n’est pas seulement une lâcheté mais une « trahison de la vérité ».
Père Adelard Paluku Mayani est formel : « Le journaliste cherche la vérité pour la partager, traite l’actualité dans le respect des faits et des personnes. Car, le journaliste, historien du moment, écrit l’histoire au présent. Il est témoin honnête, observateur pertinent des événements qu’il présente dans l’objectivité et la vérité ».
Nous sommes en crise et traversons la crise de la communication. La communication de crise se fonde sur le postulat et le constat selon lequel la crise se résout durablement par une bonne communication puisque la crise est une question de communication.
L’ambulance transportant le corps du gouverneur a traversé la ville aux alentours de 14 heures pour l’aéroport avec un geste visible la fermeture de la route par les militaires pendant un temps. Aucun journaliste n‘a pu remarquer le fait. Le silence qui a entouré ce grand et lourd événement est inexplicable.
A Goma, il existe une dizaine de journalistes triés sur des critères assez flous qui couvrent jalousement les actions du gouverneur de province, excluant d’autres confrères. Il y a une antenne de l’Agence congolaise de presse. Bien plus, il y a une caste de journalistes (JAPA) qui ont élu domicile à l’aéroport. Enfin, Goma compte quantité de journalistes avec badges correspondants des médias étrangers. Nous avons été tous incapables de donner l’information.
Une presse sans leadership
Ce triste événement a démontré la crise de communication mais surtout la crise de leadership dans la presse de Goma. Par manque de repères, la République démocratique du Congo particulièrement les médias de Goma a raté d’être le premier à annoncer ce triste et douloureux événement de portée nationale.
A Beni, le 2 janvier 2014 à l’assassinat du colonel Mamadou Ndala, les responsables des médias se sont réunis à la Rédaction centrale du journal Les Coulisses autour de Nicaise Kibel’Bel Oka et de Jacques Kikuni Kokonyanga (directeur de la Radio Muungano) pour analyser tous les contours de cet acte et choisir les angles à aborder pour non seulement être le premier à annoncer la triste nouvelle mais également à le faire avec responsabilité.
L’annonce de la mort du colonel Mamadou a été d’abord l’œuvre des médias de la ville de Beni. Ils en avaient la primeur et la vedette.
La différence entre Beni et Goma repose sur la proximité de l’information. Les médias de Beni traitent l’information avant tout pour leur population de Beni (trilogie « communication-communauté et communion ». A Goma, les informations sont livrées pour une consommation extérieure (Kinshasa et l’Occident) avant de revenir sur Goma.
Que ce soit la presse occidentale qui annonce la mort du général Chirimwami relève de la crise du muntu comme le note Jean-Baptiste Malenge : « La crise du muntu est à comprendre dans le cadre précis du rapport entre l’Africain et l’Occident. (…) En Afrique coloniale, les sujets n’ont entre eux qu’une commune subordination et ne se reconnaissent que par la médiation de leur maître à tous. Entre eux ne peuvent ni ne doivent se former la confiance ni le pouvoir qui vient de la capacité de concevoir et d’entreprendre ensemble, en vue de maîtriser l’espace, le temps et les relations entre soi ». Cette dépendance accentue la dépendance de l’étranger.
Du lien intrinsèque dans la trilogie « communication-communauté et communion », l’information est le plus important. Parce que le premier aéropage de temps modernes est le monde de la communication avec les médias en tant que moyen principal de l’information et de la communication, souligne Jean-Baptiste Malenge Kalunzu.
Les médias de la RDC singulièrement ceux de la ville de Goma ont manqué une opération de communication et d’information sur l’assassinat de celui qui était leur gouverneur militaire, Peter Chirimwami. On aura à se vanter mais le fait que l’information sur le décès du gouverneur Chirimwami vienne des rebelles et des médias occidentaux montre les failles de notre travail comme presse rd-congolaise.
Dans l’avenir, penser l’information et la communication sur des sujets sensibles avec responsabilité. Penser le leadership dans la presse pour faire mieux. Combattre les fake news qui inondent Goma et la RDC. Seule la communication sauvera l’Afrique et la RDC comme le défend depuis des lustres Jean-Baptiste Malenge Kalunzu. Mon peuple périt par ignorance.
Mathias Ikem
LESCOULISSESRDC INFO