Un ancien président de la République et un ancien président de la Commission électorale nationale « indépendante » – CENI s’attaquer aux institutions qu’ils ont eux-mêmes, en âme et conscience, mises en place et qu’ils ont laissées à leur successeur sous une appellation bien contrôlée « Passage civilisé du pouvoir ».
Que comprendre de tout cela ? A quoi le peuple congolais doit-il s’attendre ?
L’ancien président de la CENI s’étant fait rebelle sans troupe sinon que celles lui prêtées par la RDF/M23 et l’ancien président de la République se présentant sur le même terrain sans armée tout en étant escorté par les mêmes rebelles qu’il combattait.
Avec l’appui d’un président voisin qui applique la dictature contre ses opposants, toujours élu avec un score record de 99%.
Question : « Comment vont-ils, tous deux, chasser les autorités de Kinshasa ? »
L’opinion tant nationale qu’internationale s’est retrouvée hébétée lorsqu’elle a appris de la bouche de l’ancien président de la CENI que ce dernier avait créé un monstre.
Si cela est vrai, les deux anciens présidents ont créé ensemble un monstre.
S’agit-il d’une confession honnête et sincère comme au temps où l’Église était vraiment ce qu’elle était ? Dans cette circonstance avérée, qui alors doit leur accorder le pardon de ce gravissime péché surtout qu’aucun de deux ne se dit coupable ?
Comment réparer ce tort fait à la République et qui a donné en pâture plus 7 millions de déplacés et plus de 10 millions de morts aussitôt qu’ils ont avoué leur péché et se sont ralliés à l’agresseur ?
Certes le pardon est un acte de courage car dans sa difficulté, il relève de la condition essentielle et existentielle parce qu’on ne peut pardonner que si on a reçu la grâce de se faire pardonner. Comme la honte relève aussi de la grâce de Dieu. Est-ce que les deux anciens présidents ont reçu la grâce de se sentir honteux ? Seule la CENCO-ECC, représentant du Christ sur terre, peut répondre.
Sans repentance et sans avoir honte de ce qu’ils prétendent avoir fait contre le peuple et leur pays, les deux anciens présidents nous indiquent leur mode de réparation sans demander l’avis du peuple qu’ils disent avoir trahi. Par les armes et par la guerre. Bref, par le sang. Curieusement, avec les armes du voisin. Or, qui fait la guerre avec les armes d’autrui finit par lui céder une portion de terre en récompense.
Qui doit défaire le monstre ? Est-on sûr et certain qu’ils vont réussir à défaire le monstre qu’ils ont créé ? Le désespoir par les armes serait-il l’une de tant de manières à avoir honte ?
Le héros n’a pas peur de mourir
Kinyongote/Goma. Ils se sont affichés avec sourires au visage et aux lèvres. Pareille rencontre se passe sans compte rendu. Vivent-ils l’angoisse ou le courage et la détermination d’en découdre avec le monstre qu’ils ont créé à Kinshasa ?
L’angoisse est la réponse à la question : « Pourquoi est-ce que j’ai fait cela ? Pourquoi je ne fais pas cela ? »
Face à cette maladie de l’imagination, l’angoisse, à la fois émotion, tempérament et maladie (Bernard Granger), les stoïciens préconisent deux types d’exercices aux allures contradictoires, à savoir, (primo) se concentrer sur le moment présent et (secundo), méditer sur les dangers futurs pour ne pas être pris au dépourvu si surviennent des événements malheureux.
En écoutant le discours de l’ancien Président de la République notamment sur ses regrets quant au sort que son successeur a réservé à l’armée qu’il a formée et qu’il est obligé par la force du destin de combattre et en écoutant l’ancien président de la CENI, l’on ne peut s’empêcher de se faire l’impression que les deux n’avaient pas mesuré ni compris le geste qu’ils disent avoir posé en 2018-2019.
C’est en toute innocence et bonne/mauvaise foi qu’ils ont créé le monstre Tshisekedi. L’innocent, par définition, est celui qui ne nuit pas dans la mesure où il ne sait pas encore le lien existant entre le savoir et la culpabilité.
La culpabilité que Kabila et Nangaa ressentent (si réellement ils la ressentent) engendre l’angoisse parce que cette angoisse se présente comme le fruit d’une culpabilité « inconsciente ».
Ils vivent le signe d’une faute et sa douleur.
Le premier héros est un militaire qui a juré au sacrifice suprême et donc n’a pas peur de mourir au front. Sauf qu’il ne porte plus la tenue militaire. Par peur ? Car, la peur est toujours « peur de quelque chose ». L’autre héros est un civil qui arbore le treillis militaire. Pour tromper sa propre conscience. Il est rongé aussi par la peur du lendemain.
Cette armée qu’on monte et qu’on combat
A qui appartient les armées de la République ?
En 1998, le 3 août, 37 officiers des Forces armées congolaises (FAC) réunis à l’aéroport de Kavumu/Bukavu furent fusillés par les nouveaux libérateurs aujourd’hui généraux dans l’armée léguée à Félix Tshisekedi, en présence de leur commandant, le major TEM Tshiapul Mpalanga (qui ne sera jamais promu général de sa vie).
Jean-Pierre Ondekane qui avait tourné les armes contre la nation au bénéfice du même agresseur rwandais, est resté l’ombre de lui. En 2004, c’est encore contre les Forces armées de la RDC (FARDC issues de Sun city) que Laurent Nkunda et Jules Mutebushi se sont battus. Puis le colonel FARDC Makenga s’est rebellé contre cette même armée qu’il souhaite réintégrer après 13 ans de rébellion avec le grade de général.
Un petit tour au Collège des Hautes Études de Stratégie et Défense (CHESD)/Kinshasa, né de la volonté de Joseph Kabila, le grand amphithéâtre porte le nom de CHANZU célébrant la victoire des FARDC sur les rebelles du M23.
Comment comprendre que Joseph Kabila, même harcelé et persécuté par Félix Tshisekedi, puisse venir à Goma caresser le M23 ? Comment expliquer que celui qui a formé et porté les FARDC durant 18 années peut accepter d’être sous la protection d’une rébellion (Armée Révolutionnaire du Congo), qui combat les FARDC ? Comment peut-on vouloir une armée forte lorsqu’elle vit une série de traumatisme et de stress causée et favorisée par ses propres géniteurs ?
La remise en question de nos actes se pose parce que demain, on ne sera pas surpris que des lieux portant des noms d’anciens commandants issus des rébellions soient débaptisés y compris l’amphithéâtre CHANZU.
Mais l’un de grands défis pour le Congolais de tout bord reste celui d’avoir honte. Le Congolais, à tous les niveaux, a cessé d’avoir honte de lui-même et de ses actes.
Seigneur, fais-nous la grâce de nous sentir honteux, pas comme Judas Iscariote mais comme Pierre.
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Nicaise Kibel’Bel Oka

