(Grand Hôtel Kinshasa. King Kester Emeneya avant de livrer son concert. Archives Les Coulisses)
Chœur en solo
Noko akomi mokanda asengi na nga na sombela ye mbwa
Nasombi mbwa natindi, Asepeli mingi asali feti
Noko akoti zamba ee, kanga mbwa…Gazele mene kangama ee
Maladie soki ewutaki wapi. Noko abandi kobela mama aa
Noko akomeli nga…
Nakende mboka ayebisa nga vérité ya mboka na biso
Zamba pe ba mayi, bisobe pe lokola
(…) Moindre retard nasalaki, Noko akati molimo (…)
Refrain
Ba mpika na beto bo mekuma ba mfumu.
Bo mekuma ba mfumu na bwala na beto
na ntwala na beto
Bo mekuma kutekila beto nfinda na mbongo
Yo me bikala kaka bofutisa beto mawa trop.
Traduction
Mon oncle m’a écrit une lettre me demandant de lui acheter un chien. Ce que je fis. Très ému, il organisa même une fête. Le chien fit des merveilles jusqu’à attraper une gazelle.
L’oncle tomba malade. Sentant sa mort prochaine, l’oncle me pria de me rendre à son chevet au village.
Il devait me léguer le testament sur les vérités (histoire) de nos terres ancestrales, forêts et savanes et leurs limites à sauvegarder. Je mis du temps pour m’y rendre. Moindre retard pris, à mon arrivée, l’oncle avait déjà rendu l’âme. Il est pari avec toute notre histoire. A mon arrivée, j’ai été interpellé : « Ton oncle est mort avec ton nom dans sa bouche. Que faisais-tu à Kinshasa ? Trop tard, on l’a déjà enterré. » Moi Evala, suis totalement dépourvu et désarmé coutumièrement.
Refrain
Les populations (nos esclaves) que nous avons accueillies avec humanité sont devenues des rois chez nous et ont pris le devant. Se moquant de toute notre hospitalité, ils font la guerre et par la force, elles ont commencé à nous ravir nos terres et à nous vendre même nos forêts. Bientôt si nous ne faisons pas attention, ils vont nous chasser de nos terres. Ce qui est dommage.

Kester Emeneya ne dit pas par quel moyen, on peut s’assurer que c’est par la guerre (les armes et les empoisonnements). En clair, nos esclaves s’étaient bien préparés pour récupérer nos terres. Ils ont monté toutes les stratégies possibles allant de la ruse à l’infiltration.
Cette chanson aux allures prophétiques est une histoire racontée avec des mots qui touchent. Elle se déroule depuis 30 ans dans l’est de la RDC. Dans l’indifférence totale et dans une complicité des pantins et des demandeurs de dialogues à l’interne pour arriver effectivement à balkaniser le Kivu.
Richesse et profondeur
Cette chanson peut être subdivisée en trois parties, à savoir : la demande de l’Oncle et l’envoi du chien, la maladie et l’héritage raté à cause du retard et enfin l’ingratitude des esclaves qui vendent déjà la terre et abusent de l’hospitalité leur offerte.
Le chien peut aussi désigner les armes et munitions pour chasser la gazelle, les charognards et tous les pillards de nos richesses. Le retard du neveu est non seulement dû au manque d’infrastructures de communication mais également à cette négligence, cette indifférence du peuple congolais pour la connaissance de son histoire et la défense de son pays. Cette confiance aveugle faite aux étrangers (MONUSCO, troupes de l’EAC).
La maladie peut être l’attaque et/ou assassinat, c’est-à-dire la présence d’un agent inconnu nuisible pour réaliser la balkanisation de la RDC. de la même manière qu’on tue les chefs coutumiers à l’est du Congo.
La disparition de l’oncle a des conséquences nuisibles pour la RDC.
Les nouveaux occupants tentent de réécrire l’histoire pour s’accaparer de notre terre et faire de ses habitants propriétaires des apatrides, des gens sans terre. Il faut tout donner pour récupérer la terre ancestrale, défendre la patrie en danger. Même au prix du sang. Cela exige l’unité de tous et la conscience nationale, l’éveil patriotique : Bendele ekweya té. Ne jamais trahir le Congo.
Chanson intemporelle
Cette chanson est intemporelle. Elle s’applique aux réalités de la RDC qui fait face à la guerre de conquête de l’espace vital notamment de l’est où se pose le problème des « autochtones » et des « migrants » et où la compétition foncière est une lutte suicidaire. Au Nord-Kivu, par exemple, la plupart de chefs coutumiers seraient des usurpateurs du pouvoir coutumier.
Douze ans après sa mort (le 13 février 2014), King Kester Emeneya ressuscite la problématique de la terre ancestrale au moment où de nombreux Congolais crient à la balkanisation de la RD Congo.
King Kester pose aussi le problème de la responsabilité de la jeunesse qui ne saisit pas les enjeux de la succession mais également de la coutume et de la maîtrise du temps.
Il pose enfin le problème de l’hospitalité et de l’ingratitude : Faut-il accueillir des « inconnus » comme en Ituri ?
Face à l’agression, à l’infiltration que connaissent la presque totalité des institutions de la RDC, il y a lieu de revisiter King Kester Emeneya et lui rendre hommage. Il fut simplement un Prophète de son temps.
Je nous invite à réécouter cette chanson et à saluer la mémoire de l’artiste. Qu’il repose en paix.
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Nicaise Kibel’Bel Oka
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