Doha. Les mêmes intentions manifestées et violées. Washington doit contraindre Kigali à une paix définitive dans l’est de la RDC

(Doha/Qatar. Les deux délégués brandissent l’accord signé. Même l’enfer est pavé de bonnes intentions. Photo tiers).

L’Accord-cadre de Doha a été signé samedi 15 novembre 2025. Apporte-il de bonnes nouvelles ? Difficile à le dire avec certitude. Aucun n’est parfait. C’est un principe universel. A lire avec les bons yeux, on peut applaudir et conclure que cet Accord est avantageux pour la République démocratique du Congo.  Toutefois, il ne faut pas aller vite en besogne.

Car, après lecture, la question reste posée : « Pourquoi ces gens ont-ils pris les armes contre la République et pourquoi massacrent-ils des citoyens congolais ? »

Et la réponse à cette question renvoie au maître à penser à Kigali. D’ailleurs et ce n’est pas pour rien que cet Accord est lié à celui à signer entre Kinshasa et Kigali à Washington.

C’est avec raison que nous disons avec certitude : « Les rébellions rwandaises au Kivu ».

Tous les rebelles déclarent leur attachement à la souveraineté nationale et à l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo. Ils reconnaissent que : « Une paix durable ne peut être obtenue par des moyens militaires mais par la reconnaissance et la résolution des causes profondes du conflit ».

La question à poser à ceux qui prennent des armes depuis 30 ans contre la République est simple : « Quelles sont les motivations qui les poussent à prendre les armes de façon cyclique jusqu’à massacrer des populations innocentes ? »

Là aussi, il n’y a pas quatre chemins pour retrouver le commanditaire, le pouvoir FPR à Kigali.

Pendant 30 ans, l’histoire est restée un fleuve tranquille et un éternel recommencement pour l’est de la RDC. Ce sont les mêmes promus officiers dans l’armée congolaise qui abandonnent leurs postes pour reprendre les armes.

Et ironie de l’histoire, exigent de nouvelles intégrations dans les FARDC qu’ils ont combattues

Des rébellions rwandaises dirigées par des mouvements militaro-politiques et confiées par la suite à des marionnettes congolaises tentent de détruire le destin d’une nation.

Mais un fait récurrent à observer depuis trente années à savoir : à l’heure des négociations, la ferveur et l’enthousiasme affichés par des Congolais disparaissent. Ils deviennent aphones et disparaissent des écrans simplement parce que les propriétaires ont repris leur mouvement.

Des questions qui se posent

Au-delà de vraies causes du conflit vociférées depuis trente années sans jamais le dire à voix haute (doléances légitimes pour la création d’un espace sous contrôle rwandais – balkanisation de la RDC), analysons le volet de la libération des prisonniers.

Le protocole signé le 14 septembre 2025 parle de la libération des prisonniers sans préciser s’il s’agit des prisonniers de guerre, des prisonniers de droits commun, des prisonniers politiques ou des criminels. L’escamotage du complément déterminatif n’est pas un fait du hasard.

Dans l’Accord-cadre de Doha, il est fait mention de la libération des détenus (1er protocole du 14 septembre 2025). Or, il y a une nette différence entre détenus et prisonniers.

D’autre part, le CICR, qui gère ce dossier, sait-il que les prisonniers de guerre appartiennent à des pays en guerre qu’on échange à l’exemple des Palestiniens et des Israéliens, des Ukrainiens et des Russes et non à un même pays ?

Feindre de l’ignorer signifierait un accompagnement tacite du projet de balkanisation de la RDC.

Va-t-on libérer des Rwandais, des Ougandais et autres arrêtés sur le champ de bataille ou des Congolais ? Doit-on libérer des Rwandais arrêtés par les services spéciaux dans le cadre de l’infiltration ? Le M23 est-il à mesure de remettre au CICR des corps des soldats FARDC qu’il a tués sans respect du DIH ?

Des cas emblématiques comme Nkuba

Deux cas suscitent notre interrogation. Il s’agit des Congolais arrêtés et condamnés par les juridictions de notre pays.

Éric Nkuba dont les témoignages ont été d’une grande importance dans la compréhension de l’AFC/M23 ne serait-il pas en danger une fois libéré et livré au M23 ? Pour le Rwanda, Éric Nkuba est non seulement un agent double mais aussi un infiltré qu’il utilise depuis deux décennies. Que fait-on d’un traitre ou d’un agent double découvert ?

Mme la Commissaire supérieure de la PNC arrêtée à Lubumbashi dans une réunion avec monsieur Nzingire, le cousin maternel de Paul Kagame. Elle est de la Police nationale congolaise. Va-t-on la remettre au M23, si oui pour en faire quoi ? Son poste d’attache est Kinshasa.

Remettre des Congolais au M23, n’est-ce pas reconnaître l’autonomie des territoires sous occupation et la balkanisation de la RDC ?

Éric Nkuba comme la commissaire de la PNC ont été condamnés et donc ne sont pas de Détenus. Comment traitera-ton leurs cas parce qu’ils se retrouvent sur la liste des prisonniers à libérer ? Respectera-t-on la justice congolaise qui les a jugés et condamnés ou non ?

A tout considérer, l’Accord-cadre de Doha signé le 15 septembre 2025 doit être lu avec la même intelligence stratégique que l’Accord à signer à Washington entre la RDC et le Rwanda, le patron de tout le désordre dans la région des Grands Lacs.

En témoigne la réaction du ministre des Affaires étrangères du Rwanda à l’annonce par Emmanuel Macron de la réouverture de l’aéroport international de Goma mais également tous les écueils dans le dossier des déplacés et des réfugiés congolais.

Le respect d’un accord dépend plus du rapport de force entre les signataires que de la bonne foi des uns et des autres. Car, un accord est fait pour être violé et/ou appliqué.

Dans l’entretemps, il faut renforcer tous les fronts pour éviter d’être surpris. Qui dit mieux !

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Nicaise Kibel’Bel Oka

 

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