Nord-Kivu. rapport Yotama. Discrimination. chiffrés gonflés. Un répertoire excluant d’autres communautés

(Kitsanga. QG du CNDP. Les courtiers de la balkanisation représentant leurs communautés. Archives Les Coulisses)

Ce qu’on nomme « Rapport Yotama » du nom de deux frères d’une même famille n’en est pas un. C’est plutôt un répertoire gonflé de noms des victimes de la communauté Nande excluant les victimes d’autres communautés de Beni et Irumu et naturellement les FARDC et les casques bleus. Répertoire voulu comme plaidoyer d’une communauté à la recherche de la reconnaissance du « génocide » est truffé sur des contrevérités et sur une analyse biaisée et bâclée des réalités sociologiques du milieu. Les esprits équilibrés qui se sont donné la peine de le parcourir ont fini par s’exclamer : « Les Yotama pouvaient faire mieux. Quel gaspillage d’énergie et de temps ! » Aucune personne en possession de tous ses moyens psychologiques ne peut banaliser un mort, quel qu’il soit et d’où qu’il vienne. Notre compassion à toutes les victimes civiles et militaires fauchées, sans distinction d’ethnies dans cette barbarie.

Sur la forme.

  1. 777 pages, près de 600 pages occupées sur les mêmes tableaux des victimes répertoriées et catégorisées en deux : les Nande et la masse d’anonymes, les autres. Sans compassion.
  2. Les tableaux de tueries ainsi présentés révèlent une autre réalité sur leur périodicité. Le général Akili Muhindo Mundos (contrairement à la révélation de Mbusa Nyamwisi le 24 octobre 2014 qui a constitué le point de départ de tous les rapports des experts), n’est pas le champion de tueries. C’est plutôt l’État de siège. Les Yotama ne supportent pas l’État de siège.
  3. Pourquoi 2008, alors qu’il n’y a que 2 Nande tués par rapport même à la rébellion du RCD/K-ML ? Vraisemblablement, les Yotama sont incapables de situer le début du « prétendu» génocide malgré tous les tableaux présentés. Ont-ils acheté la paternité du répertoire ?
  4. Aucune allusion ne faite aux nombreux et médiatiques rapports de la société civile, dont les animateurs appartiennent à la même communauté, qui répertoriait en 2013 in tempore non suspecto plus de 250 morts (Cfr l’ONG Bon Samaritain devenue CRDH), œuvre des ADF. Ce qui ramène à se poser des questions sur la durée de la recherche, sur la qualité des enquêteurs et à conclure que les données rassemblées auraient été achetées auprès de certains activistes qui sont devenus aphones pour le besoin de la cause.
  5. Pourquoi ceux qui ont géré la société civile : Teddy Kataliko, Omar Kavota, Paluku Ngahanghondi, Gilbert Kambale, Noëlla Muliyabu, Kizito bin, Edgar Mateso, prêtre et pasteur, se sont tus ?

Sur le contenu.

Le nombre de morts revu à la hausse intentionnellement parce que les auteurs croient que le crédit sur le génocide en dépend. C’est ici où l’on sent toute la volonté enfouie de la proclamation (un jour) d’une république autre que la RDC. Ce, sur base de l’exclusion des autres communautés et/ou de leur engloutissement au sein du Kyaghanda Yira.

  1. Exclusion des communautés autres que les Nande. Ce répertoire, sur fond de mensonge, est l’œuvre des chrétiens, tous catholiques. Il manque une dose de l’amour du prochain. Dans le territoire de Ben, on compte au moins 5 communautés ethniques qui cohabitent depuis des lustres : Nande, Pakombe, Mbuba, Mbuti (pygmées) et Talinga. Dans le recensement des victimes, elles sont désignées par le terme « Autres » sans les nommer. Sous hommes, elles sont chosifiées intentionnellement dans le but de les effacer. Or, pour qui a une analyse exacte de la situation de Beni, la non reconnaissance de l’existence et des revendications de ces communautés par la communauté majoritaire empêche toute analyse objective et rigoureuse des causes de tueries. Partant, les solutions pour y mettre fin.
  2. Glissement de la population Nande

Les Yotama ne se sont pas trompés en incluant le territoire d’Irumu (Ituri) dans leur champ. Seulement, ils n’expliquent pas pourquoi et comment les Nande qui, officiellement occupent deux territoires – Lubero et Beni- se retrouvent à Irumu et à Mambasa. En effet, l’Église locale et les ONG appliquent une politique de glissement du trop-plein de leurs frères et sœurs de Lubero ailleurs (dont les cultivateurs de Mayangose). Ce qui suscite des conflits avec les autres, devenus les minorités. Les Nande d’Irumu sont-ils arrivés avant le saccage de Nyankunde ou bien après ?

  1. Mensonges et contrevérité sur base de gonflement des chiffres de victimes

Les Yotama présentent le chef de Tubameme/Kadoghu (Mayangose), Posombili Bambitsi tué le 15 octobre 2014 comme un Nande, effaçant sa communauté Pakombe en voulant réécrire l’histoire. Dans les tueries du PK 40, le maire Bwanakawa Nyonyi accompagné de Warner et du mwami Bamukoka avaient dénombré 26 corps ; le répertoire a rajouté jusqu’à 40. Les tueries de Mbelu (40 corps enterrés en présence du gouverneur Paluku Kahongya, de Martin Kobler et du maire Nyonyi), les Yotama passent à 67 corps restant dans la logique de Benilubero.online (des qui avait écrit de centaines de corps jetés dans la Semuliki). Sur ce dossier, la société civile avait même détourné une partie de l’argent laissé par le Premier ministre Matata Ponyo. Les Yotama ont repris même des personnes dont la mort relève autant de la criminalité urbaine que des maladies bénignes.

  1. Aucune compassion pour plus de 2 mille militaires FARDC et la dizaine des casques bleus morts en mission pour ramener la paix. Ces militaires ne sont pas Nande. Leur présence n’a aucune valeur symbolique tout comme leur sacrifice. Les Yotama les considèrent comme des dommages collatéraux qui se sont trouvés sur le lieu par leur faute. Même alors qu’elles ont réussi à libérer de nombreux compatriotes de Beni et Lubero. On connaît la chanson : « Nos enfants (maï-maï) nous défendent mieux que les FARDC. »
  2. Les vaillants maï-maï et les démob APC

Les Yotama ne les connaissent pas. Même alors, quand ils tuent même leurs propres frères (comme feu Kisembo, Ki Dubaï, abbé Romain, Vita Kitambala, Colonel Mbutshi…) ou le médecin camerounais venu pour soigner Ebola, cela n’émeut personne. Pour eux, ce sont les M23. Ils oublient même que leur communauté a toujours été le 3ème pourvoyeur en effectif d’officiers dans ces rébellions pro rwandaises. Et pour quelles causes ?

5 causes réelles de tueries de Beni

Adopter la politique de l’Autruche, cela ne change rien à la réalité des faits historiques. Cinq causes de tueries recensées par des esprits équilibrés maîtrisant la donne de Beni. Nicaise Kibel’Bel Oka les relève dans son prochain ouvrage. Les voici :

  1. Le problème de terres impliquant ce phénomène de glissement dû à une démographie

galopante et aux nouveaux riches qui rachètent les terres dans le Lubero.

  1. Le problème de succession de pouvoir ancestral. Dans le territoire de Beni, la plupart des

Bami sont usurpateurs du pouvoir ancestral et ne descendent pas de lignées de chefs. Pour y régner, ils doivent composer avec les groupes armés. Les Yotama doivent relire l’histoire de Beni.

  1. Le problème de cohabitation entre minorités ethniques (Pakombe, Mbuba,

Talinga) et la majorité Nande accusée d’envahisseurs qui a été à la base du voyage du mwami Borosso à Washington en 2013.

  1. Le problème de mauvais débiteurs qui sont punis par des règlements de comptes mortels
  2. Enfin, le jihad islamiste qui a nourri certains opérateurs économiques dans le petit comme le grand commerce. Ils doivent allégeance. Les alliances contre nature avec les maï-maï. Les dizaines de groupes maï-maï obligés à racketter pour vivre.

L’on sent dans la démarche des Yotama  cette volonté de s’affranchir de Kinshasa doublée de celle de voir les tueries continuer. L’ingratitude et le  mépris affichés à l’égard des FARDC et de la MONUSCO tout comme le manque de compassion pour tous ceux qui ne sont pas les leurs morts en témoignent. Il va sans dire qu’une bonne analyse des tueries de Beni devrait inclure les aspects militaires pour comprendre comment, à telle période ou telle autre, le nombre des victimes baisse ou s’accroît, la stratégie de l’ennemi face aux attaques ou à l’accalmie au front, etc. Virgina Woolf enseigne : « Si vous ne dites pas la vérité sur  vous-même, vous ne pourrez pas la dire sur les autres. »

Nicaise Kibel’Bel Oka

Journaliste d’investigation et écrivain

Directeur du journal Les Coulisses et du Centre d’Etudes et Recherches géopolitiques de l’est du Congo (C.E.R.G.E.C)

 

 

 

 

 

 

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