RDC/Nord-Kivu. Les rebelles du M23 installent Ndayake à la place du mwami Stuka dans la chefferie Batangi

(Le nouveau mwami usurpateur, sieur Malachie Ndayake (en tenue tache tache avec micro en main) et l’AT Kulu en bleu. Photo tiers).

Lubero/Nord-Kivu. Samedi 26 juillet 2025. Les rebelles de l’AFC/M23 ont installé un certain Malachie Ndayake à la tête de la chefferie Batangi en remplacement de l’autorité coutumière légitime, mwami Stuka Mwana w’Eka Kinahwa Mikundi II. Une décision qui soulève des vagues d’indignation dans les cercles coutumiers, politiques et sociaux singulièrement du Nord-Kivu et dans toute la RDC de façon générale.

Mwami Stuka, le chef légitime des Batangi vit en exil depuis près d’un an après avoir fui les combats qui ont dévasté le village Bingi, chef-lieu de la chefferie Batangi.

Partant d’Alimbongo sur cette route menant vers Kirumba, la localité de Bingi se trouve à 18 km. C’est là que Malachie Ndayake vient d’être présenté à une population effrayée comme nouveau chef de chefferie sans aucune procédure coutumière connue, ni consensus communautaire.

La brève cérémonie été conduite par une autre autorité parallèle, sieur Musubaho Kulu qui joue actuellement le rôle d’administrateur du Territoire de Lubero dans la partie contrôlée par l’AFC/M23.

Musubaho Kulu a tenté de justifier son geste suicidaire : « Comme vous le savez, le mwami des Batangi avait fui cette cité abandonnant ses sujets. Or un vrai mwami ne peut pas abandonner sa population, quoi qu’il arrive ».

Dans son speach, Musubaho Kulu a demandé aux personnes présentes au meeting tenu au centre commercial du village Bingi, composé majoritairement des mineurs, d’accepter Malachie Ndayake comme chef de la chefferie.

Ce dernier a, à son tour, promis de se conformer à la coutume en réalisant dans un futur proche les cérémonies coutumières pour son intronisation. Pour se rattraper craignant la colère des ancêtres yira.

L’agenda de la rébellion rwandaise au Kivu devient plus clair quand pour une chefferie dont le chef coutumier est toujours en vie et en exercice, on utilise la force pour le remplacer.

Dans les pratiques du M23 et des aventures rwandaises à l’est du Congo, ce fait n’est pas isolé.

En mai 2023, la rébellion a investi un nouveau mwami à la tête de la chefferie des Bakumu, en territoire de Nyiragongo.

Ce pouvoir armé remodèle donc de manière unilatérale la direction coutumière dans des entités du Nord-Kivu sans consultation ni respect du protocole traditionnel.  « C’est une provocation. On ne remplace pas un chef de chefferie vivant. On peut à la limite lui trouver un intérimaire avec une obligatoire consultation des notables et des gardiens de la coutume. Nous acceptons parce que les rebelles nous forcent la main avec leurs armes mais cette aventure n’est pas bonne pour la paix dans notre terroir », a déclaré un notable de Bingi à notre Rédaction.

Selon des sources proches du M23, sieur Malachie Ndayake vient de subir un lavage de cerveau communément baptisé « enseignement idéologique » avec l’espoir de le voir rempiler et faire passer l’idéologie du FPR au sein de la population. C’est devenu une coutume pour tous ceux qui adhèrent de force à l’idéologie du FPR dans des espaces conquis au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Une installation qui viole le protocole coutumier, socle de la légitimité

Dans les chefferies du Nord-Kivu, le pouvoir coutumier repose sur une légitimité organique issue de la lignée, de l’histoire et du respect d’un processus de sélection précis.

Le Mwami ou chef coutumier est désigné par un collège de notables, parfois avec l’implication du pouvoir administratif, mais toujours en conformité avec les traditions propres à chaque peuple.
Dans le cas de la chefferie Batangi, Mwami Stuka Kinakwa Mikundi exerce ce pouvoir depuis les années 1990. Il jouit d’un ancrage historique et social profond dans la communauté. Son exil, imposé par l’insécurité grandissante dans la région, ne saurait justifier son remplacement par une autorité de fait imposée par les armes.

Une administration parallèle qui inquiète

Depuis qu’elle a pris le contrôle de la zone en 2024, l’AFC/M23 a multiplié les actes d’administration parallèle : perception de taxes, nomination de chefs de base, encadrement des écoles et marchés, bastonnade des personnes soupçonnées appartenir à Kinshasa.

Le cas de la chefferie Batangi vient amplifier les craintes : il ne s’agit plus seulement d’un contrôle militaire ou logistique mais d’une tentative de reconfiguration profonde de la société locale. « On est en train de créer une nouvelle société sous domination rebelle, avec ses lois, ses chefs, son économie, sa justice. C’est une entreprise de refondation autoritaire d’une région, sans le peuple », commente un observateur avisé qui s’intéresse aux conflits de la région des Grands Lacs.

Le remplacement du chef coutumier des Batangi s’inscrit dans une dynamique plus large qui interroge sur les intentions réelles de l’AFC/M23 et de ses soutiens. Loin de se contenter d’un contrôle temporaire du territoire, le mouvement semble vouloir asseoir une souveraineté de fait, en s’attaquant aux structures profondes de la société : la chefferie, pilier de l’identité communautaire en RDC, en est la première victime.

Dans une analyse tranchante, un juriste congolais affirme : « Quand on installe un chef sans légitimité, sans respect du droit coutumier, on prépare un chaos social durable. On détricote l’ordre symbolique, les repères culturels. C’est une démarche de type néocolonial qui rappelle les impositions autoritaires d’un pouvoir étranger à la tradition locale. »

(Vue de la localité de Bingi, chef-lieu du pouvoir des Batangi. Archives Les Coulisses).

Regain de suspicions légitimes

Le geste de filleuls du Rwanda intervient alors que les tensions restent vives dans l’Est de la RDC. Goma et Bukavu sont toujours occupées par les forces rwandaises qui appuient l’AFC/M23.

Kinshasa, affaiblie politiquement par des querelles internes et une armée en difficulté sur plusieurs fronts, peine à réagir efficacement.

L’accord de paix signé à Washington par le Rwanda et la RDC, la Déclaration de principe signée par le gouvernement de la République et la coalition AFC/M23 n’ont pas encore débouché à des résultats tangibles sur le terrain.

L’implication du Rwanda, régulièrement dénoncée par les autorités congolaises et plusieurs rapports d’experts de l’ONU, alimente un climat de suspicion.

L’installation de nouveaux chefs, la mainmise sur les zones minières et la militarisation de l’administration locale font craindre une stratégie de conquête rampante et de balkanisation.

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Mathias Ikem

 

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