Rwanda-RDC. Léonard Kanyamuhanga, héros d’une paix confisquée par Kigali sous le prétexte des FDLR

(Laurent(Désiré Kabila et le gouverneur Léonard Kanyamuhanga à la tribune de l’ONC/Goma. Archives).

« La paix à l’est du Congo, la paix dans la région des Grands Lacs ne dépend ni de Kabila, ni de Museveni moins encore de Kagame. C’est une dynamique sociale et intercommunautaire ». Léonard Kanyamuhanga, Tutsi de Jomba dans le Rutshuru et gouverneur du Nord-Kivu (octobre 1997-juillet 2000) avait une lecture correcte de la paix dans le Kivu lorsqu’il déclarait comme un défi cette boutade prophétique.

Licencié en Histoire de l’université de Lubumbashi, chef de quartier, chef de la JMPR, administrateur adjoint de territoire puis titulaire et enfin gouverneur, Léonard Kanyamuhanga disposait de la recette le plus simple pour ramener la paix dans l’est du Congo et dans toute la région.

En voici. Dans le Rutshuru où il séjournait avec tout son cabinet, il tint ces propos aux populations Hutu et Tutsi  : « Chers frères et sœurs Hutu et Tutsi congolais, vous n’êtes pas des Rwandais. Ne vous mêlez pas des problèmes rwandais et surtout ne prenez pas partie pour tel ou tel groupe. Laissez-les résoudre leurs problèmes ».

Léonard Kanyamuhanga savait qu’une fois les Hutu et Tutsi congolais prendraient part au conflit rwandais, il se métastaserait sur l’ensemble du Kivu. En 6 mois (entre janvier et juin 1999), Léonard Kanyamuhanga réussit à rapatrier 60 mille Hutu au Rwanda.

Miné par la maladie et attaqué de toute part mais gardant dignité et personnalité, deux jours avant sa mort, le gouverneur Léonard Kanyamuhanga convoqua une réunion restreinte de 5 personnes. Il leur transmit ce message : « Je vais partir le cœur plein de regret. Je ne vois personne à qui confier cette province. Tous nos efforts, toute l’énergie et tous les sacrifices consentis pour faire revenir la paix entre les communautés vont voler en éclat ».

Entre deux larmes, il s’adressa aux deux vice-gouverneurs en ces termes : « Cette province ne sera pas gouvernée par un Hunde, ni un Nyanga mais par un Hutu. Vous devez déchanter ». Léonard Kanyamuhanga mort, il fut remplacé par un gouverneur Hutu et les Hutu rapatriés au Rwanda regagnèrent la RDC. Là est toute la complexité de ce conflit.

Le pouvoir FPR n’a pas pardonné à un Tutsi de torpiller son plan qu’il nomme « Question existentielle ». Puisque le Tutsi a trahi, il fallait trouver un bouc émissaire chez les Hutu.

Sous le label FDLR, tout Hutu (rwandais et/ou congolais) est devenu une question existentielle pour le régime FPR.

Le message du héros n’a pas été compris ni assimilé. Mais il résonne encore et toujours.

Curieusement, 30 années passées, de nombreux compatriotes parmi les intellectuels et dans l’Église en RDC, par naïveté ou ignorance, par cupidité ou instrumentalisation, par soumission aveugle ou haine, continuent à penser que le dialogue à l’interne, le dialogue entre Congolais mettra fin au conflit dans le Kivu.

L’État fédéral du Kivu ou la République des Volcans

Récemment, Corneille Nangaa a fait une déclaration tonitruante annonçant qu’une fois le M23 conquiert Kinshasa, il proclame la République fédérale du Congo. Quelques jours après, un ouvrage fut porté sur les fonts baptismaux au Serena Hôtel de Goma en présence de Corneille Nangaa. La création d’un État fédéral par le pouvoir FPR sur l’espace Kivu qu’il convoite est une idée qui fait son chemin. Sur les traces du Soudan balkanisé.

Le 11 décembre 2012, Steve Hege a révélé devant le Congrès américain que le projet du Rwanda était la création d’un « État fédéral autonome pour l’est du Congo ».

Cet État, une fois constitué et dans une réplique caricaturale du Rwanda, sera habité effectivement par les Hutu congolais et FDLR assujettis aux Tutsi. Car, pour le pouvoir FPR, il n’y a plus de place au Rwanda pour tout Hutu qui vit en dehors du Rwanda.

Ceci explique les larmes de Léonard Kanyamuhanga mais également le choix de son successeur.

Il faut rappeler que l’idée d’une autonomie du Kivu dans les limites que contrôle aujourd’hui le pouvoir FPR (de Kanyabayonga à Uvira) ne date pas d’aujourd’hui.

Déjà en 1981, via le diocèse catholique de Goma, une demande d’autonomie de Goma et de l’espace rwandophone avait été introduite auprès du Secrétaire général de l’ONU.

(Goma. Le gouverneur Léonard Kanyamuhanga et le maire de Goma, Nzabara Matetsa. Archives).

Conseil de Museveni aux Congolais ou la paille dans l’œil du voisin

Recevant une délégation officielle venue de Kinshasa, Yoweri Kaguta Museveni tint ce langage : « Dites à votre Président que la seule façon de mettre fin au prétexte de Paul Kagame est que Tshisekedi crée ses propres Banyamulenge. Car, depuis l’AFDL, la RDC utilise ceux créés par Kagame. Ils ne peuvent qu’obéir à leur créateur. Or, si Tshsiekedi a ses propres Banyamulenge, ils pourront contrecarrer les arguments de Kagame sur l’extermination ou le discours de haine contre des Tutsi ».

Seulement, Museveni a feint d’oublier que Kagame comme lui, chacun à ses « filleuls ». Museveni a aussi créé ses Nande et ses Hema qui lui obéissent contre la RDC.

De pareils propos, en apparence pour faire rire, ont tout leur sens pour comprendre la tragédie humaine qui se déroule dans l’est du Congo. Et donc, ne devraient pas être pris à la légère. Tout comme cette anecdote me balancée à la figure par un officier des FARDC : « Journaliste, entre celui qui cause avec James Kabarebe et celui qui détourne la ration et/ou solde des militaires au front, lequel choisirais-tu pour être envoyé à la potence ? » On pourrait multiplier à l’envi des exemples qui expliquent en des langages simples que la paix dans l’est du Congo n’a rien à voir avec le Pacte social de la CENCO-ECC.

Implorer l’Esprit saint pour éclairer la CENCO-ECC

Certes, le Seigneur ne donne tout pas à une seule et même personne. Tous ceux qui savent le savent bien. Si les Belges n’avaient pas créé la MIR dans le Masisi et, depuis 1990, si les Américains n’avaient pas soutenu et entretenu le pouvoir FPR, le conflit interne du Rwanda ne se serait pas déversé en RDC.

Hutu et Tutsi le savent malgré le mutisme qu’ils gardent. L’instrumentalisation de deux communautés par le FPR doublée de cette attitude dolente de ne jamais dénoncer sont à la base de la tragédie du Kivu. Vraisemblablement, la coalition CENCO-ECC n’utilise pas toutes les fourchettes qui aident à comprendre et à agir avec discernement.

Une Église congolaise, soit-elle la plus charitable du monde et plus charitable que celle du Rwanda, ne peut pas s’engager dans le conflit sans prendre en compte les réalités que vivent leurs frères rwandais dans la foi.

Or, l’histoire de cette région enseigne que pour réussir la tragédie que connaît la région des Grands Lacs, on s’est servie de l’Église universelle depuis l’Ouganda, le Burundi, le Rwanda et l’est de la RDC. On peut compter le nombre d’évêques catholiques contraints à la démission, des prêtres assassinés, ceux exilés pour avoir refusé de célébrer la messe en kinyarwanda. Ceux livrés et tués dans les couvents avec la complicité de leurs collègues. Il nous faut implorer l’Esprit saint pour le duo CENCO-ECC afin qu’il change sa perception du dialogue et de la résolution de cette guerre. Parce que l’Église est pécheresse mais appelée à être purifiée.

Que conclure ?

En écrivant en désordre sur cette thématique, j’ai voulu faire comprendre deux choses, à savoir que la tragédie qui se déroule dans l’est du Congo est le prolongement de celle du Rwanda entre Hutu et Tutsi, et que, pour le pouvoir FPR, tout Hutu se trouvant hors du Rwanda depuis que le FPR a pris le pouvoir doit être considéré comme génocidaire et traité comme tel. Sa place n’est plus au Rwanda mais dans les forêts de la RDC.

De deux, pour protéger une communauté en extinction, il faille créer une République des Volcans dont les limites ressemblent curieusement à celles actuelles occupées par la RDF/M23.

Dès lors, la solution à un retour de la paix ne peut provenir que « Soit des populations et/ou communautés singulièrement de l’est dans une dynamique de prise de conscience et d’appartenance à la nation congolaise (ce que prêchait Léonard Kanyamuhanga), soit des États-Unis d’Amérique qui ont créé, armé, soutenu pendant des décennies la politique du pouvoir FPR (ce que tente de faire Félix-Antoine Tshisekedi) ».

Le M23 instrumentalisé par Kigali depuis 30 ans ne participera jamais à un dialogue où tous les Congolais seront autour d’une table. S’il y participe, ça sera en délégation de pouvoir et, 3 à 4 ans après, une autre rébellion verrait le jour avec les mêmes revendications sur la neutralisation des FDLR et la question tutsi. Mon peuple périt par ignorance. Qui dit mieux !

Léonard Kanyamuhanga mérite une décoration nationale à titre posthume.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

 

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