RDC. Après 30 années d’humiliation, a-t-on identifié les menaces pour notre survie en tant que nation ?

(Les Forces armées de la RDC en training. Photo archives Les Coulisses).

Pas de développement sans sécurité. Pas de sécurité sans développement. Couple mythique de la vie moderne des nations. Face à un monde entré de plain-pied dans une situation de destruction des vies humaines et des infrastructures d’autres nations, face à la convoitise de nos richesses par nos 9 voisins, la défense de la nation doit être une priorité.

Surtout pour un pays qui expérimente une gestion partagée du territoire avec des groupes armés, il n’existe plus de fronts uniques pour faire la guerre.

A l’externe, les 9 frontières constituent des fronts militaires et à l’intérieur, les zones grises sont des foyers de tensions permanents où les opérateurs et entrepreneurs de violence font la loi.

C’est dire que la République démocratique du Congo doit hic et nunc repenser son système de défense en se posant la question suivante et en y répondant systématiquement : « Quelles sont les menaces identifiées pour la sécurité de la RDC ? »

La question subsidiaire serait de les localiser mais cela ne vaut pas la peine. La RDC subit des menaces permanentes et sur tout de partout. Pire, même de ses propres enfants.

Les menaces d’hier ont été reconduites et faisant jonction avec celles d’aujourd’hui, elles rendent la tâche difficile à la RDC qui, dépassée, semble naviguer à vue. A moins d’une réflexion doublée d’une intelligence prévisionnelle.

Emmanuel Macron rappelait aux Français : « Pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant ».

La République démocratique du Congo possède tous les atouts pour être les deux à la fois : libre et puissante.

L’argumentaire enseigné aux Congolais, mémorisé et répété comme des perroquets sur la porosité de nos frontières, est désuet et un frein pour penser notre système de défense.

Ce qui est anormal pour un pays qui dispose des ressources humaines (plus de 100 millions d’habitants) et qui montre son incapacité à attirer sa jeunesse vers la défense de la patrie, à recruter et à prendre en charge les génies congolais depuis les humanités.

Or, aujourd’hui, à l’heure de drones et de cyberguerre, à l’heure de l’Intelligence artificielle (A.I.), la compétition mondiale exige d’une nation d’être intellectuellement forte et unie par une force d’âme, de trouver dans sa jeunesse des atouts à exploiter et non des joueurs de paris risqués et des comédiens.

(Beni/2014. Le journaliste Nicaise Kibel’Bel discute stratégie avec l’État-major FARDC avant le lancement des opérations Sukola I. Archives Les Coulisses).

Jamais une nation n’a mis autant d’intérêt à la musique et à ses musiciens au point d’oublier les vraies menaces. Qu’un musicien qui, aidé par des chroniqueurs de musique, aura fait croire à tous qu’il est très riche meure, c’est l’État qui l’enterre avec faste.

Une puissance signifie avoir des moyens humains et militaires disponibles pour inventer comme on le ferait avec AFRIDEX, notre industrie militaire, si on l’exploitait à bon escient notamment en testant sur le terrain des affrontements les engins dissuasifs inventés.

Mais avant toute chose, une nation se fonde sur la cohésion nationale sans laquelle rien ne peut marcher car tout est stratégique depuis nos travaux des recherches dans les universités et les écoles militaires jusqu’à nos discussions et nos polémiques à condition qu’ils nous profitent. Ce qui n’est pas évident quand on polémique sur les divorces et les conquêtes féminines des musiciens. Sur les belles épouses, les nombreuses progénitures et les biens matériels des artistes musiciens.

En 1996, lorsque le Rwanda lance sa promenade de santé sur le territoire de la RDC, le grand Bandundu (aujourd’hui 11ème Région militaire) qu’on croyait être le verrou de Kinshasa, n’a pas résisté. Quel est son sort plus de 20 ans après ? Ne me répondez pas svp.

Après trente années d’humiliation, l’heure est venue de réfléchir et établir des plans stratégiques sur les menaces actuelles et futures, sur nos vulnérabilités et leurs impacts, en nous évaluant sérieusement et sans complaisance afin d’identifier les tendances importantes et décider où appliquer en priorité les efforts pour éliminer ou réduire les menaces.

Et cela exige de revisiter les six principales missions : prévention, anticipation, protection, détection, attribution et réaction.

Des études rendues public montrent que la République démocratique du Congo a été, entre 2008 et 2014, le 3ème pays d’Afrique sur les 4 (le Kenya, l’Angola, la RDC et le Nigéria) les plus espionnés par les grandes puissances. Le savons-nous ? Comment réagissons-nous alors si nous ne sommes pas distraits ?

Contrer, c’est avant tout et en urgence réduire l’efficacité opérationnelle. Sur ce point, après les deux débâcles de Goma et Bukavu, l’impression qui se dégage est qu’on fait du surplace, qu’on prend les mêmes et on recommence.

Le pouvoir FPR à Kigali a placé la RDC dans un piège sans fin, celui des FDLR.

Quelle lecture stratégique menons-nous pour en sortir dès lors que la neutralisation des Hutu rwandais (FDLR) devient pour nous aussi Congolais une question existentielle ?

Comment faire comprendre au monde entier que les morts congolais sont aussi des morts et qu’il est temps d’y mettre fin là où certains ne veulent pas entendre le mot GENOCOST ?

Le combat est national et engage tout citoyen congolais dans nos cœurs et dans nos églises.

Malheureusement, ceux qui dirigent n’ont pas l’écoute, cette capacité et disponibilité d’accueillir la parole de l’autre.

Ils anticipent la compréhension dans ce que l’autre veut exprimer. Par ce qu’ils veulent établir des rapports de soumission.

Une quarantaine d’officiers supérieurs (généraux et colonels) ayant une responsabilité avérée/établie ou non dans la débâcle de Goma et Bukavu, ont été interpellés dans l’insouciance totale. La question reste : Après ces interpellations, qu’est-ce qui va arriver ?

Ce n’est pas un théâtre mais une tragédie, une honte nationale sur notre être en tant que Congolais même si sur eux ne pèsent que des soupçons. Cela dénote nos turpitudes et notre incapacité à défendre notre nation, à avoir des valeurs.

Sans apprendre à avoir honte de nous-mêmes, nous ne guérirons jamais de nos faiblesses. Qui dit mieux !

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Nicaise Kibel’Bel Oka

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