(Ville de Beni. Vue du quartier Malepe. Commune de Beu. Photo tiers)
En cette semaine consacrée aux grands-parents et celle du 1eraoût dédiée date aux parents en République démocratique du Congo, la Rédaction du journal Les Coulisses publie (rediffusion) cet article pour montrer combien il est important que les parents vivent ensemble avec leurs enfants et que toute tentative de les séparer constitue un crime.
Beni. 15 Juillet 2024. Depuis près de quinze ans, Bernard Okanda œuvre au sein d’une modeste organisation locale de défense des droits humains. Dans la ville de Beni, régulièrement meurtrie par les attaques des groupes armés, il s’est fait une réputation en dénonçant le recrutement d’enfants-soldats notamment par les islamistes ADF et d’autres milices mais aussi les violences sexuelles infligées aux filles mineures, y compris celles perpétrées par des éléments égarés au sein des FARDC et de la police nationale congolaise.
Pour avoir recueilli des témoignages terribles sur des fillettes mineures (12 à 14 ans) livrées à l’esclavage sexuel, Bernard Okanda a été menacé et vit depuis en clandestinité. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est autour de sa famille d’être la cible des menaces de mort.
En effet, raconte son collègue : « Quelques jours après la publication de son dernier rapport, en avril 2024, un homme à moto s’est arrêté devant la maison familiale à Beni. Il a jeté une lettre anonyme dans la cour. On pouvait y lire : “Continue à parler, et on viendra te faire taire, toi, ta femme et tes enfants. Depuis ce jour, nous avons conseillé à sa famille de quitter la ville immédiatement. Elle vit dans la clandestinité et pour de raison de sécurité, la nouvelle adresse est gardée secrète ».
Selon une source fiable qui a contacté madame Aimée, son épouse. Cette dernière lui a relaté le calvaire dont vit la famille : « On a fui Beni dans la nuit avec mes quatre enfants âgés de 11, 13, 15 et 17 ans. Je n’ai même pas eu le temps d’emporter les cahiers d’école des enfants. Ma deuxième fille a failli être enlevée à l’école, si le surveillant n’avait pas donné l’alerte. La clameur publique l’a sauvée. Mon mari n’est pas avec nous ».
Selon plusieurs ONG internationales présentes sur le terrain, les menaces visant Bernard et sa famille émanent à la fois de groupes armés et de membres des forces de sécurité. Ces derniers n’auraient pas supporté les accusations publiques pourtant fondées sur des témoignages concordants.
La zone connaît un activisme croissant des groupes armés et une recrudescence de la violence face un gouvernement qui a failli à ses missions régaliennes dont la protection des populations livrées à la merci des groupes armés locaux et étrangers et surtout au recrutement forcé des terroristes ADF. Bernard Okanda reste déterminé, aux dires de son collègue avec qui il échange grâce un numéro masqué : « Je ne peux pas me taire et je ne regrette rien. Quand une fillette te dit qu’elle veut mourir parce qu’elle a été violée, tu ne peux pas détourner les yeux. »
Mais sa voix tremble lorsqu’il évoque sa famille : « Ma femme vit cachée. Mes enfants sont dans une situation délicate qui les plongent dans un traumatisme inimaginable. C’est le prix que nous payons pour la vérité. Mais quand ce prix atteint votre famille, il devient trop lourd ».
Du côté des autorités, c’est le mutisme. La situation les dépasse, elles confrontées à plusieurs défis dont la crainte des rebelles du M23 de prendre la ville mais aussi de nombreux kidnappings. D’où cette formule lapidaire pour cacher leur incapacité à protéger les populations civiles : « La situation sécuritaire reste sous contrôle ».
Une réponse jugée « cynique » par plusieurs observateurs. « Dans des zones comme Beni, la justice est un luxe », déplore un représentant de l’UNICEF, les familles comme celle de Bernard sont seules, livrées à elles-mêmes. »
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Polidor Muhindo Kathembo
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