RDC/Bukavu. Mgr F.-X. Maroy : » Si Saül qui est en nous se convertit, nous serons en sécurité, jour et nuit »

L’Archevêque de Bukavu, François-Xavier Maroy, contemple la manifestation de Dieu dans les fleurs de son jardin. Archives Les Coulisses)

Les Coulisses : Mgr l’Archevêque, pourquoi célébrer la mort de votre prédécesseur Munzihiwa ?

François -Xavier Maroy : C’est un devoir pour toute personne éprise de paix. Nous ne reviendrons pas sur les circonstances de l’assassinant de Mgr Christophe Munzihiwa mais il est de notre devoir, en ce 25 ans de ce drame, que l’Église locale de Bukavu commémore le jubilé d’argent de la naissance au Ciel de Mgr l’Archevêque de Bukavu comme martyr de la justice, de la paix et de la vérité. C’est un témoin de l’unité de tous les enfants de Dieu qui a été lâchement assassiné. A lui, les fidèles de notre diocèse et les hommes et femmes de bonne volonté associent les archevêques Emmanuel Kataliko (mort le 4 octobre 2000) et Charles Kambale Mbogha (décédé le 9 octobre 2009). Nous devons impliquer Dieu dans le combat contre l’injustice, l’insécurité et toutes les violences. Car, nos armes véritables sont l’amour et la prière.

L.C. : Dans votre message du jubilé d’argent de Mgr Munzihiwa, vous faites allusion à Saül le persécuteur. C’est qui ? Pour quelles raisons ?

F.-X. M : Effectivement. Qui dit Église, voit Dieu. Malheureusement notre Dieu est mal aimé par les politiques et les intérêts économiques depuis un siècle. Cette situation s’aggrave davantage dans la province du Sud-Kivu. On dirait que la présence de l’Église gêne certains intérêts obscurs. Des gens développent une haine viscérale contre l’Église locale et multiplient des actes de nuisance jusqu’à nous empêcher de prier et de travailler. Voyez-vous, depuis le mois de mai 2021, nous avons enregistré une dizaine d’attaques des hommes armés contre des paroisses, des presbytères et couvents. L’on ne peut pas expliquer tout cela par uniquement le désœuvrement des jeunes et le chômage des adultes avec la misère criante de la population pour qu’elle se rabatte sur des couvents.

L.C. : Mgr l’Archevêque, alors, l’insécurité dans le Sud-Kivu, comment vous l’expliquez ?

F.-X. M : Lorsque les gens s’attaquent aux symboles de l’Église, cela signifie que nous avons perdu de notre foi, la crainte de Dieu. L’Église était jadis un refuge pour tous, un lieu sacré. Nous disons à tout le monde et en particulier à ceux qui nous dirigent qu’il y a lieu de réfléchir sur les conditions de vie des militaires et des policiers parce que c’est à eux qu’il revient la noble et lourde mission de nous sécuriser et qu’ils ont juré mourir pour la nation et son peuple. Ils ne peuvent pas être à la fois le problème et la solution. Ensuite, réfléchir sur ce phénomène de porosité des frontières avec nos voisins. C’est un vrai fléau qui contribue grandement à l’insécurité. On ne sait pas qui est votre voisin de jour et surtout de nuit. Enfin, l’absence de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire contribue énormément à l’insécurité. Quant aux attaques, il y a lieu de s’interroger sur leur nature dès lors qu’elles se déroulent à proximité des postes des agents de l’ordre. Voilà pourquoi allusion est faite à Saül : « Saül, Saül, pourquoi me persécutes-tu ? Ac, 9, 4 ».

Pour revenir à votre question : Saül, c’est qui ? C’est tout celui qui persécute l’homme créé à l’image de Dieu. Ils sont nombreux parmi nous, à tous les niveaux, dans toutes les couches de la société. Au-delà de tous ces forfaits, nous n’avons qu’une seule arme : prier. Prier sans cesse. La prière nous invite à porter ceux qui souffrent et ceux qui font souffrir. Sans Dieu, nous sommes trop pauvres pour aider les pauvres. Seul Dieu Saboth peut consoler les uns et convertir les autres. C’est lui qui venge le faible et protège le pauvre. Nous sollicitons la conversion de Saül. Car, si Saül qui est en nous se convertit, ensemble nous serons en paix, jour et nuit. Nous appelons le peuple de Dieu à persévérer dans la prière.

Nicaise Kibel’Bel Oka

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