RDC. « Libre de ma liberté » de William Albert Kalengay. Une lecture critique de l’autobiographie d’un journaliste de référence.

 

(Kinshasa. Le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya porte l’ouvrage sur les fonts baptismaux. Photo tiers).

Je tenais à lire ce livre de cet estimé confrère pour en savoir plus. Le titre en lui-même incitait à lire. Comme il le souligne : « Nore métier nous permet d’accéder à la sphère politique sans devenir des politiciens ». En bon et grand journaliste, William Kalengay fait de la politique sans être politicien tout en étant politicien des salons huppés. Les illustrations des images le trahissent. C’est aussi le côté faible de son livre, les grands.

Une fois que j’ai reçu le livre des mains du confrère et l’ai lu, ai-je été satisfait pour autant ? La réponse est non. J’en suis sorti un peu déçu, un peu découragé tant je porte en moi cette soif de découvrir le vrai personnage de WAK.

Parce que l’énigme de la littérature, c’est le fait de se retrouver dans un personnage qui a vécu comme nous -même ou que nous admirons dans le métier, en créant en nous une sorte de bouleversement, de plaisir, d’envoûtement et de satisfaction quand on le lit.

J’aurais aimé que WAK soit un poète de la presse dans le sens de celui qui fabrique du sens, de l’interrogation à partir du terreau humain qui est notre bourbier, notre dépendance. Et de nous ouvrir au mystère de ce qui fait de lui ce qu’il est.

Ce n’est pas que le livre est mal écrit. Bien au contraire. William Kalengay a une plume attirante et maîtrisée. La construction de la phrase est de notoriété dans ce livre. Mais, le livre de William Albert Kalengay est un récit d’une vie. Et comme tout récit d’une vie, il est linéaire.

J’aurais souhaité et je m’attendais à une description d’une vie dans le métier, la vie de WAK. William Albert Kalengay écrit, et il a raison, en page 33 : « J’étais au cœur du réacteur du pouvoir. Je recevais les confidences. Je subissais des pressions. Je sentais les vibrations les plus sécrètes de la vie politique ». Il connaît le sens et le poids des mots.

Nulle part, l’auteur décrit cette posture d’un vrai journaliste. Il raconte sans factuel et déroge à la loi des faits qui sont sacrés, des commentaires libres. Décrire, c’est démontrer, c’est s’immerger dans les faits.

William Kalengay n’est pas n’importe quel journaliste ; je le rangerais parmi les ténors de la 3ème génération en République démocratique du Congo. Il s’impose non seulement par sa masse, sa voix mais également par la maîtrise du métier. Il inspire confiance et sa présence lui fait ouvrir des portes hermétiquement fermées à d’autres confrères et consœurs.

Il le dit clairement à la page 38 : « J’arbitrais leurs querelles, j’exposais leurs stratégies mais j’avais de plus en plus l’impression de n’être que le commentateur d’un grand théâtre d’ombre. Derrière les discours enflammés et les luttes pour le pouvoir se jouait le véritable drame du Congo, un drame silencieux, technique, opaque, qui se déroulait loin des caméras : celui de l’exploitation de nos ressources. C’était le moteur invisible de notre histoire, la cause première de nos guerres et la source potentielle de notre renaissance ».

William Kalengay a péché parce qu’il a refusé de toucher le fond, de nous présenter le miroir brisé de la classe politique dans ses querelles, dans ses trahisons et dans son manque de conscience. Il a vu des choses avec ses yeux de journaliste. Il a entendu et décortiqué des dossiers sensibles. Mais il ne dit rien. Et en ne disant rien, il dénature son expérience de grand journaliste au cœur des secrets du pouvoir.

C’est un arbitre qui a refusé de siffler des pénaltys quand il le fallait, moins encore de consulter le VAR qu’il porte.

Il semble que le vieux journalisme, le vrai, est bâti sur trois piliers, l’argent, le sexe et les conspirations (mensonges). WAK a tout fait de les taire alors que sa bibliothèque intellectuelle est pleine de cas qu’il pouvait nous présenter pour que ceux et celles qui voudront suivre cette école sachent en quoi s’en tenir et sur quel pied danser.

Nous avons la conviction qu’il écrira le tome 2 de ses mémoires et qu’il nous fera ce bonheur de partager l’autre côté de ce qu’il a vu, entendu et parfois vécu.

Je recommande aux uns et aux autres de lire ce livre témoignage et de s’en inspirer.

Puisque, par l’expérience avérée qu’il glane avec lui, WAK est à la fois un personnage magnifique et mystérieux : une bibliothèque vivante du paysage socio-politique de la RDC.

Le livre a reçu la bonne grâce du professeur Jean-Chrétien Ekambo, recteur honoraire de l’IFASIC, qui a accepté de le préfacer.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

Journaliste d’investigation et écrivain

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