(Comme qui dirait aux noces de Goma, les évêques et le rebelle Nangaa. Congratulations, disent les anglophones. Photo tiers)
Question tendancieuse s’il en est une mais qui trouve tout son sens au regard de dernières évolutions du paysage socio-politique de la République démocratique du Congo.
D’une part, prenant faits et causes du pouvoir FPR au Rwanda sans se le cacher, le cardinal Fridolin Ambongo critique à haute voix le projet d’accord de Washington depuis le Vatican. Ce, après avoir présenté à la cathédrale Notre Dame du Congo Moïse Katumbi comme le Congolais qui regorge de foi (abondante) à revendre. Puis ce fut le tour de l’archevêque de Lubumbashi, qui dans un geste désespéré, a tenté réconcilier Moïse et Joseph, pour sauver le Congo.
Joseph et Moïse, candidats déclarés et avoués à la seule chaise présidentielle à Kinshasa.
Et comme si cela ne suffisait pas, des images circulent à volonté et par défi où l’on voit l’archevêque de Lubumbashi et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) accompagné de Mgr Willy Ngumbi, évêque du diocèse de Goma, prêts à sabrer du champagne avec le chef rebelle Corneille Nangaa.
Lui aussi comme Joseph et Moïse, il convoite la seule chaise présidentielle à Kinshasa.
Tous trois (en attendant d’autres) sont sous la protection « divine » de la CENCO.
Même Satan, il lui suffirait de déclarer Félix Tshisekedi dictateur et le combattre pour qu’il dîne avec la CENCO.
Car, tout celui qui est contre Tshisekedi obtient l’absolution de ses péchés via la CENCO.
La multitude d’images envoyées sur les réseaux sociaux montrent le président de la CENCO, tout sourires, embrassades et signe de paix, à la table du rebelle.
Geste peccamineux, diraient certains mais cela n’offusque plus. Corneille Nangaa va chaque dimanche à la messe, donne ses offrandes et communie (naturellement) sans avoir confessé ses péchés. Il n’en a pas sûrement. Il s’est fait un grand ami des princes de l’Église universelle au Congo-Kinshasa.

(Qui Nangaa pourrait-il envier quand en un seul jour, il reçoit une multitude de bénédictions de la part de la CENCO ?)
En lieu et place de « Dieu ou rien », dans un orgueil surmédiatisé défiant l’humilité, la CENCO nous présente Nangaa ou rien. Elle nous envoie un message clair : Nangaa seul compte au milieu des cadavres, des déplacés et des destructions méchantes à l’est du pays.
Et lui, le nouveau messie jouant à cette relation de haine envers Tshisekedi les trouve dignes d’être invités à la table du Saigneur et d’y partager un verre de champagne.
Ici et là, à travers accolades, rires et verres de champagne, les haines se croisent et se développent.
Au regard de sourires et des signes de joie sur leurs visages, dans ce plaisir manifesté et filmé à partager avec le Saigneur l’agapè, dans une sorte de mondanité, la question revient, celle du début : Dieu suffit-il au peuple du Congo-Kinshasa ?
Mon voisin me souffle qu’il faille la poser clairement : « Dieu suffit-il aux évêques de la CENCO ? »
Si oui, pourquoi font-ils ce mélange de sacralité avec la célébration du Bienheureux Bwana Chui et de mondanité avec Corneille Nangaa ? Pourquoi prennent-ils du plaisir à énerver et tester la foi des fidèles ?
La mission des pasteurs consiste « à entraîner vers Dieu, à convertir pour faire revenir les enfants prodigues vers la maison du Père des miséricordes », a écrit le cardinal Robert Sarah.
A les observer, on a la nette impression que dans ce monde décadent, la CENCO se laisse séduire et emporter par des sirènes matérialistes risquant de rendre vaine la mort du Christ sur la Croix.
Depuis la disparition des chefs charismatiques de notre Église universelle au Congo-Kinshasa, notamment de celui qui dénonçait les Médiocres, l’impression qui se dégage est que la CENCO tient coûte que coûte à fabriquer des idoles pour le peuple de Dieu au Congo.
A fabriquer de Joseph, de Moïse et de saint Corneille de nouveaux temps. Mais leur nombre pour un seul fauteuil dépasse les attentes.
Les évêques de la CENCO ont pris l’habitude de proposer des dialogues. Ils sillonnent le monde pour parler avec certains chefs d’État et des dirigeants influents, triés à la volée.
Il semble que c’est pour la paix.
Ils parlent beaucoup. Ils suscitent des polémiques, violant l’exhortation de saint Ephrem : « Parle beaucoup avec Dieu, mais peu avec les hommes ».
Celui qui parle beaucoup s’expose et expose son ministère. Car une Église bruyante deviendrait vaine, infidèle et dangereuse pour la santé spirituelle des fidèles.
L’Église universelle au Congo-Kinshasa a soif de Dieu et non pas des (d’) hommes, providentiels soient-ils.
Aujourd’hui, il s’avère que nous sommes ensemble avec nos pasteurs mais, en réalité, le peuple du Dieu au Congo se retrouve seul. Privé de mystère.
Dieu suffit-il au peuple du Congo-Kinshasa ? Dieu suffit-il aux évêques de la CENCO ?
Seigneur, délivre-moi du désir d’être consulté, de me faire le centre de l’univers à ta place et surtout délivre-moi de la crainte d’être humilié.
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Mathias Ikem
LESCOULISSESRDC INFO