RDC. Nicaise Kibel’Bel Oka : » Convoquer une session extraordinaire du parlement pour débattre de la guerre est inopportun »

(Des soldats FARDC au front Sukola I. Le premier ennemi, c’est la nature. D’où la résilience. Archives Les Coulisses).

Justin Honlay : Des voix s’élèvent parmi les élus pour la convocation d’une session extraordinaire du Parlement pour débattre de la guerre d’invasion de notre pays. Êtes-vous d’accord avec cette proposition ? Pourquoi ?

Nicaise Kibel’Bel Oka : C’est inopportun. Sauf si c’est pour raccourcir les vacances pour ceux qui s’ennuient. Pensez-vous qu’on peut traiter d’un problème aussi crucial dans une assemblée de plus de 300 personnes ? Ce sont des problèmes sérieux qui engagent l’avenir de la RDC comme nation et qui ne doivent en aucun cas être soumis à l’indiscrétion nationale. Pensez-vous que l’infiltration de notre pays n’a élu domicile que dans les services de défense et de sécurité ? Notre classe politique a ceci de particularité qu’elle s’est constituée (en majeure partie) des personnes formatées par une allégeance à Kigali et Kampala. Rien n’indique que des questions de la souveraineté nationale ne soient pas envoyées sous pli fermé à leurs parrains. Vous êtes informé sur des personnes arrêtées dans les FARDC comme dans l’entourage du Chef de l’État pour haute trahison. Nous disposons d’un Conseil supérieur de défense auquel on peut toujours ajouter d’autres membres selon les besoins. Que nos députés se reposent dans leurs fiefs pour ceux qui en ont encore.

J.H. : De nombreux compatriotes demandent au Chef de l’État soit de déclarer la guerre au Rwanda et à l’Ouganda, soit de retirer la RDC de l’East African Communuty. Votre point de vue ?

N.K.O. : On peut les comprendre puisque nous sommes tous animés du souci de reconquérir le territoire de notre pays et de le défendre. Le Rwanda et l’Ouganda nient officiellement qu’ils sont protagonistes dans l’agression de notre pays. Il ne sert à rien de leur déclarer la guerre sinon, il faut le faire contre les grandes puissances pour lesquelles ils travaillent. Les vérités politiques de la guerre ne sont pas à la portée de tous. La science militaire a des principes qu’on ne saurait violer sans être battu lorsqu’on a affaire à un ennemi (je dirai à un monstre à plusieurs têtes) habile. Les alliances que le Chef de l’État essaie de tisser avec nos voisins obéissent au principe du maintien de l’équilibre politique. Tout comme les voyages qu’il entreprend. Je nous invite à nous intéresser à l’agression de l’Ukraine afin d’établir des comparaisons pour mieux comprendre ce à quoi la RDC est confrontée et ce que nous devons faire pour sauver notre nation. Nombreux compatriotes n’ont pas encore compris que la RDC est seule (avec le pape François) contre tous.

J.H. : A vous suivre, nous devrions croiser les bras et attendre un miracle du ciel ou voir l’est de notre pays partir ?

N.K.O. : Il n’est nullement question comme vous le savez. Notre pays connaît des crises structurelles multiformes, c’est-à-dire dans tous les domaines de la vie. Dans le cas que nous traitons, je crois qu’il est important de savoir la portée des accords que nous avons signés avec l’E.A.C. Ceci nous permet de comprendre sous quel angle intervient cette force chez nous. Avez-vous connaissance de l’accord SOFA qui lie la RDC aux Nations-unies ? Ça donne à pleurer en le parcourant. Nous devrions éviter des pièges qui annihilent l’existence de notre nation. Il est temps pour nous de répondre à cette question : La Force régionale intervient-elle comme force auxiliaire et donc ses troupes sont un corps secondaire par rapport aux FARDC ? La Force de l’E.A.C. intervient-elle comme partie principale pour soutenir un voisin plus faible ou encore avec un contingent médiocre et donc un accessoire ? Au simple, la question est celle-ci : « Entre les FARDC et la Force régionale, laquelle est la puissance principale qui doit diriger les opérations ? » Puis-je conclure que la RDC n’a pas bien stipulé avec ses alliés la part que chacun doit prendre dans les opérations ? Lorsqu’on oublie ces précautions, on ne peut qu’échouer quelle que soit la faiblesse de l’ennemi. Il n’est pas exclu que certains compatriotes soient sous la manipulation (in) consciente de toutes ses forces étrangères pour qu’elles y restent indéfiniment. Les solutions sont entre nos mains. Le temps de nous décider comme nation est venu pour éviter le sort de la Yougoslavie (les Balkans).

J.H. : Que doit faire la RDC au stade actuel et devant le danger qui nous guette ?

N.K.O. : Nous devons nous organiser. Nous organiser s’entend surtout connaître les effectifs de nos services (l’administration commence par le recensement), lutter contre la corruption (les anti valeurs) à travers une justice digne d’une nation et surtout placer l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Il y a une superposition inadmissible des commandants au front. Il faut tout évaluer pour y voir clair. Dans une guerre, c’est le choc définitif qui détermine l’issue. Je demande que la RDC affecte un officier de liaison FARDC à Kisoro (frontière ougandaise de Bunagana), le dernier étant parti depuis fin 2021 tout comme l’évaluation sans complaisance des forces étrangères sur notre sol. Le Rwanda ne saura résister longtemps en restant en RDC. Il n’en a pas les moyens. Voilà pourquoi il réclame des négociations. Le Congolais doit faire très attention à l’info guerre, c’est-à-dire à l’intox, la manipulation et les fake news qui inondent les réseaux sociaux en notre défaveur.

Entretien à bâtons rompus

Goma, ce 9 février 2023.

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