RDC/Sukola I. La leçon de Kaboul

Le monde entier est comme tétanisé dans la crainte du retour avéré de l’obscurantisme islamiste avec la prise de Kaboul par les Talibans. Certains ne comprennent pas l’attitude de l’administration américaine pour qui « La guerre n’avait que trop duré et le contribuable américain n’en voulait plus. » Deuxième fait que l’on souligne rarement, l’objectif premier des Américains en Afghanistan n‘était pas de combattre les talibans mais d’anéantir et/ou neutraliser Oussama ben Laden. Par conséquent, il fallait qu’un jour les Américains quittent ce pays. Comme il faudrait qu’un jour la MONUSCO, après 20 ans de présence inefficace, quitte la RDC. Les étrangers ne peuvent jamais apporter le bonheur à un peuple. Les Américains ont formé une armée nationale afghane, équipée en logistique sophistiquée. L’on peut tout dire, l’armée afghane est une armée découragée, peureuse qui se résigne à affronter d’autres Afghans. Après tout, les talibans sont des Afghans eux aussi.

Comparaison n’est pas raison mais cela ne peut empêcher d’établir des liens avec ce qui se passe à l’est de notre pays. Depuis près de 20 ans, le pays s’effondre. L’intellectuel congolais patauge dans la boue. L’argent des FDLR comme celui des islamistes MTM ne saurait tenir longtemps l’économie dans les régions où ils opèrent.

Depuis la proclamation de l’État de siège dans deux provinces : l’Ituri et le Nord-Kivu, certains députés originaires de ces deux entités s’attaquent avec hargne à cette décision. Comme si avant l’État de siège, les populations vivaient dans un paradis. Comme si les enfants n’étaient pas dans les groupes armés.

Dans le Grand Nord, par exemple, les forces armées de la RDC (FARDC) affrontent depuis 2014 deux forces aux idéologies diamétralement opposées mais qui coalisent , les islamistes MTM et les milices locales pompeusement appelées « patriotes maï-maï ».

Pour de nombreuses personnes, les maï-maï sont un mouvement de résistance. Sans dire face à quoi ni contre qui ? Et donc, leurs actes ne peuvent jamais être condamnés parce que bénéficiant du soutien d’une bonne partie de leurs communautés. Et ceux des leurs qui sont avec le pouvoir à Kinshasa (notamment dans le gouvernement) sont des traîtres. Même dans le rang parmi des intellectuels de haute facture, dans leur for intérieur, mieux vaut être sécurisé par les maï-maï que par les FARDC.

Récemment, le Premier ministre Sama Lukonde s’est rendu dans cette région accompagné de quelques membres de son gouvernement. Pour l’évaluation de l’État de siège et des opérations militaires. Cette mission avait toute la posture du déjà vécu et entendu de la part des cetains. Même sirène, mêmes acteurs contestataires, mêmes discours contradictoires et ambigus : ceux qui égorgent ne sont pas de terroristes islamistes. Les FARDC sont une armée des affairistes qui viennent piller nos richesses. Il faut relever les troupes. Les FARDC sont infiltrées. Pas de prorogation de l’État de siège. L’État de siège, c’est pour en finir avec un peuple. Nous voulons un commandant qui soit des nôtres

Pour de nombreuses personnes qui ont réussi à envoûter et à manipuler la population, les FARDC ne sont que des occupants et non des libérateurs. On préfère le modus vivendi des maï-maï, par ailleurs (nos) enfants, que les FARDC venus d’on ne sait où.

Le Premier ministre descendu sur terrain n’a fait aucune allusion aux milices locales tout comme aucun élu ne les appelle à quitter la brousse. Avec sincérité. Oser attaquer cette complicité, tout le monde vous contraint à demander pardon. Le président de l’Assemblée nationale, le gouverneur militaire du Nord-Kivu … en sont des victimes officielles. Dimanche 29 août 2021, le député Muhindo Vahumawa Paul, président du caucus des députés du Grand Nord et président de la jeunesse du RCD/K-ML a noté des avancées positives à capitaliser pour la réussite de l’État de siège et la fin des massacres. Il a été traité de tous les maux parce qu’il a osé donner une position courageuse et objective, contraire à ce que certains distillent.

Le drame dans la guerre de Beni se trouve dans cette complexité de la situation. Dans la négation des faits avérés, dans la désinformation et l’intoxication. Ceux qui, du bout des lèvres, reconnaissent l’existence des ADF/MTM leur collent, imitant la MONUSCO, l’étiquette « présumés ».

Comme en Afghanistan, comment imposer ce que des communautés croient être contraire à leur modus vivendi ? De ce fait, toute intervention militaire est vouée d’avance à l’échec tant qu’on ne gagnera pas le cœur des populations, mieux tant qu’on ne les délivrera pas de l’envoûtement.

Sama Lukonde a appelé les populations à faire confiance en l’armée et à collaborer avec les autorités. La question dérangeante que je me pose est : cette population a-t-elle besoin des FARDC pour vivre ?

Le constat de Che Guevara est resté inchangé : « On ne peut pas libérer un peuple qui n’en veut pas. » Seulement, jusqu’à preuve du contraire, nous sommes tous des Congolais appartenant à cette nation aux limites tracées et reconnues au 30 juin 1960. Et si nous continuons à prendre plaisir à vilipender notre armée nationale, nous connaîtrons un jour un sort pire que celui de Kaboul.

Nicaise Kibel’Bel Oka

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