RDC. A 100 ans. Quelles retombées pour les populations riveraines ?

(Site d’Ishango. Les autorités du PNVi lors de la fin du training des éco gardes. Archives Les Coulisses)

La situation décrite autour de la gestion du Parc National des Virunga est complexe et met en lumière les tensions qui existent entre la conservation de la biodiversité et les droits des communautés locales. Cette question soulève plusieurs enjeux importants : la méthode de conservation, les conflits sociaux, les effets de ces politiques sur la faune, et la manière dont les gestionnaires peuvent atteindre un équilibre viable à long terme.

Conservation policière et conservation participative

Les lois de 1967, basées sur la conservation policière, ont tendance à imposer une gestion centralisée, souvent militaire, de la faune. Cette approche se traduisait par une gestion autoritaire où la répression et l’usage de la force étaient des méthodes courantes pour protéger les ressources naturelles. Cela a créé des tensions avec les communautés locales qui, en raison de leur dépendance à l’exploitation des ressources naturelles, se sont souvent vues comme des ennemies de la conservation, ou du moins comme des victimes collatérales de cette politique.

En revanche, la loi de 2014 sur la conservation participative met l’accent sur l’implication des communautés riveraines dans la gestion et la conservation des ressources naturelles. L’idée est de les inclure dans la prise de décisions, de leur offrir des alternatives de subsistance viables, et de reconnaître leur rôle dans la gestion des aires protégées. Cependant, la mise en place de cette approche a été lente et inégale, avec des défis importants dans la mise en œuvre, notamment en raison du manque de ressources, de la faiblesse des infrastructures et du manque de communication entre les autorités et les communautés locales.

(Manifestation des populations riveraines contre les abus des gardes parcs sur la population. Archives Les Coulisses)

(Le recours à la répression violente, comme l’utilisation des fouets et d’autres formes de coercition, persiste encore dans certaines pratiques de gestion des aires protégées, et cela contribue à la détérioration de la relation avec les communautés riveraines. Ces méthodes peuvent, à court terme, sembler efficaces pour réduire les infractions, mais elles exacerbent souvent les conflits sociaux et nuisent à la durabilité des efforts de conservation.

Les gestionnaires du Parc, en choisissant de protéger la faune au détriment des besoins immédiats des populations locales, risquent de renforcer la perception que la conservation est un privilège réservé à une élite étrangère ou une minorité au détriment des habitants locaux. Cela peut mener à des conflits récurrents, souvent violents, entre les forces de sécurité et les communautés locales.

Protection de la faune ou de l’homme ?

Il est légitime de se demander si les gestionnaires du Parc National des Virunga protègent avant tout la faune ou les intérêts humains. La conservation de la faune est évidemment essentielle, notamment pour la protection des espèces emblématiques comme les gorilles de montagne. Cependant, cette protection ne devrait pas se faire au détriment des droits et du bien-être des communautés humaines riveraines, qui sont souvent les gardiennes de ces territoires depuis des siècles. Si la conservation exclut les habitants locaux et ne répond pas à leurs besoins de manière durable, elle perdra sa légitimité et risquera de susciter davantage de conflits.

La fin des conflits et les objectifs pour la RDC

La fin de ces conflits, qui peuvent parfois être sanglants, nécessite un changement de paradigme dans la gestion de la conservation. Il est impératif que les gestionnaires adoptent une approche plus inclusive et équilibrée, dans laquelle la faune et les communautés humaines coexistent de manière harmonieuse. Cela passe par Des politiques de conservation participative pleinement mises en œuvre, où les communautés locales sont impliquées dans les décisions, bénéficient directement des ressources du Parc et sont formées pour protéger la biodiversité tout en améliorant leurs conditions de vie. Un renforcement des mécanismes de dialogue entre les autorités, les ONG, les communautés locales et les autres acteurs concernés afin d’éviter les conflits ouverts. La création d’alternatives économiques durables pour les populations riveraines, afin qu’elles puissent se subvenir sans avoir recours à l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Quel bilan pour la RDC ?

Le bilan à atteindre pour la République Démocratique du Congo en matière de gestion des Parcs nationaux et de la biodiversité est multiple :

La préservation de la biodiversité, notamment dans des sites d’exception comme les Virunga, avec un focus sur la protection des espèces menacées, doit être un objectif prioritaire.

Le développement durable des communautés locales, afin de réduire la pauvreté et d’éviter que les populations ne se sentent forcées de recourir à des pratiques destructrices pour leur environnement.

La réconciliation entre conservation et développement humain, qui nécessite de redéfinir la relation entre l’homme et la nature en RDC, à travers une gestion partagée des ressources.

En somme, la clé du succès réside dans un modèle de conservation qui soit à la fois respectueux de la faune et des communautés humaines, qui prenne en compte les réalités locales et qui cherche à éviter les conflits en offrant des solutions gagnant-gagnant.

Les barrages hydroélectriques et leurs retombées

(Site de Mutsora-PNVi nord. Construction du barrage hydroélectrique de Mutwanga. Archives Les Coulisses).

Trois barrages hydroélectriques à Rutshuru, Lubero et Mutwanga/Ruwenzori

Les barrages hydroélectriques ont, théoriquement, un grand potentiel pour apporter des avantages aux communautés locales en fournissant de l’électricité, en soutenant l’agriculture, en créant des emplois et en stimulant l’économie locale. Est-ce que les bénéfices sont partagés de manière équitable avec les populations qui vivent dans ces régions, en particulier celles qui ont contribué à la protection du parc et qui en subissent les contraintes ?

Il est un fait : les retombées profitent principalement aux gestionnaires du Parc sous forme de l’entreprise « Virunga SARL » plutôt qu’aux communautés riveraines.

Il y a plusieurs points à soulever dans ce contexte :

L’appropriation des bénéfices par Virunga SARL. Une grande partie des bénéfices générés par les barrages revient à Virunga SARL et non aux populations locales. Cela soulève une question de justice sociale et d’équité. En effet, les communautés locales, qui sont souvent en première ligne dans la préservation du parc et qui subissent les effets négatifs des restrictions imposées par la conservation (par exemple, la perte de terres agricoles ou d’accès aux ressources naturelles) ne sont pas les premières à bénéficier des retombées économiques. La gestion a été transformée en une véritable entreprise qui profite principalement à un groupe restreint, et non aux populations locales. Cela est perçu comme une forme de privatisation des ressources naturelles et un moyen pour un petit nombre de personnes de tirer profit de la conservation, tout en laissant les communautés locales dans une situation de précarité

Le mépris des communautés locales

Les profits engrangés sont principalement utilisés pour le développement de Virunga SARL ou pour financer d’autres projets administratifs liés à la gestion du parc. Cela est, en effet, perçu comme un mépris des droits des habitants. Ces derniers, qui sont souvent dépendants des ressources naturelles du parc, sont directement affectés par les restrictions imposées à leurs modes de vie traditionnels (pêche, agriculture, collecte de bois de chauffage, etc.). Lorsqu’ils ne sont pas inclus dans les bénéfices économiques, cela peut renforcer leur sentiment de frustration et d’injustice.

Détournement potentiel de fonds

Le fait que Virunga SARL réalise des profits importants, générés par des projets d’infrastructure d’envergure comme les barrages hydroélectriques, mais que les communautés locales ne bénéficient pas de manière substantielle de ces retombées, peut également soulever des soupçons de détournement ou de mauvaise gestion des fonds publics et des ressources naturelles. Si ces projets génèrent des centaines de millions de dollars, il serait légitime de se demander où ces fonds sont réellement alloués. Le manque de transparence dans la gestion de ces ressources et des projets d’infrastructure pourrait mener à des accusations de corruption ou de gestion opaque. De telles pratiques nuisent à la crédibilité des autorités responsables de la gestion du parc et peuvent avoir des conséquences dévastatrices sur la coopération entre le parc et les communautés riveraines, rendant la conservation plus difficile à long terme.

L’équité dans le partage des bénéfices

L’équité dans le partage des bénéfices des projets d’infrastructure est essentielle pour garantir la durabilité à long terme des efforts de conservation. Si la communauté locale ne bénéficie pas des avantages de l’électricité générée par les barrages, des emplois, ou des services socio-économiques créés par ces projets, cela risque de mener à une détérioration des relations avec les gestionnaires du parc, et donc à un affaiblissement de l’efficacité des stratégies de conservation.

Néo-colonisation ou protection de la biodiversité ?

Dans un monde où les débats sur la justice environnementale et sociale sont de plus en plus en lumière, il devient évident que des méthodes de conservation qui excluent les populations locales et recourent à des méthodes répressives ne peuvent pas être considérées comme un modèle de conservation respectueux. Au contraire, elles sont le reflet d’une vision paternaliste et coloniale, où la nature est protégée au détriment des droits humains des populations locales. Le traitement de ces communautés, souvent marginalisées et déjà vulnérables, comme des ennemis ou des obstacles à la conservation, s’apparente à une forme de néo-colonisation, où les peuples indigènes sont contraints de céder leurs terres et leurs ressources au nom d’une idéologie de préservation.

Cette néo-colonisation peut être vue comme une continuation des pratiques coloniales du passé. Au 21ème siècle, cela s’exprime à travers des projets de conservation financés par des acteurs étrangers, souvent soutenus par des politiques internationales, mais qui ne tiennent pas compte de la réalité vécue par les communautés locales.

Conclusion

Le modèle actuel, où les bénéfices des barrages hydroélectriques profitent majoritairement aux gestionnaires du parc plutôt qu’aux communautés locales, semble effectivement injuste et pourrait être perçu comme un détournement des ressources naturelles. Pour qu’une véritable réconciliation puisse s’établir entre les gestionnaires du parc et les communautés riveraines, un partage plus équitable des retombées économiques et une gouvernance plus transparente sont essentiels. Cela permettrait non seulement de renforcer la légitimité des efforts de conservation, mais aussi de garantir que les communautés locales en bénéficient de manière tangible et durable. Nous vous donnons la vraie information et nous en payons le prix. Soutenez-nous. Votre contribution financière est très attendue. Contact utile : +243 998 190 250 et/ou +243 824 244 844

Nicaise Kibel’Bel Oka

 

 

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