RDC/Sukola I. Et si les ravitailleurs des ADF/MTM en armes, munitions, vivres étaient parmi !

(NPM les députés nationaux Kizerbo Kasereka et Grégoire Kiro).

Les déclarations du combattant ADF/MTM Kasongo Innocent devant le Tribunal militaire de Garnison de Beni sur ceux qui fourniraient vivres et armes aux soldats du califat, citant deux députés nationaux, ont produit un tollé dans le milieu des ressortissants du Grand Nord. D’emblée, les voix se sont levées pour directement les qualifier de gros mensonge cousu de fil blanc. Des démentis les peignant comme des saints hommes circulent. L’ADF/MTM Kasongo Innocent, capturé au front par les FARDC, déclare la main sur le cœur qu’il les a vus et exige même une confrontation. Faut-il prendre sa déclaration au sérieux et appeler les deux précités à la confrontation ? Dit-il la vérité ou non, difficile de se prononcer. Dans cette région du Grand Nord où le mensonge côtoie la réalité, où le montage s’est fait homme, il est difficile de se prononcer sur la véracité ou non des propos de Kasongo Innocent. Il peut avoir été manipulé ; il peut devenir fou comme il peut tout aussi avoir dit la vérité. Faut-il pour ainsi lui accorder le bénéfice du doute ? La question qui se pose est celle de savoir « de tous les colporteurs connus, du plus grand au plus petit, qui détient le monopole de la vérité dans cette nébuleuse ADF/MTM ? »

Il y a lieu de rappeler que Kasongo Innocent, même s’il jouit d’un avantage d’être combattant de terrain, n’est pas le seul dans ce domaine de colportage. Bien avant lui (et tout le premier) Mbusa Nyamwisi s’était illustré dans ce genre d’exercice. A la seule différence que Kasongo Innocent dit avoir vu là où Mbusa Nyamwisi déclarait avoir été informé. Citant nommément le général Mundos Akili comme étant à la fois commandant des FARDC et des ADF, Mbusa Nyamwisi ouvrait le couloir de la spéculation, du mensonge, de l’intoxication et de la désinformation, en créant une soupape émotionnelle dans sa communauté ethnique. Revirement spectaculaire, en décembre 2020, il sollicita et obtint une rencontre de réconciliation en catimini avec celui qu’il avait présenté urbi et orbi comme le bourreau de sa communauté. Les cascades informationnelles continuèrent de plus belle. Un certain Oscar Lusenge pouvait se présenter comme le coordonnateur des massacres engagé par le général Mundos. L’assistant Tembo Kalimuli ne se gêna pas de déclarer à une des audiences : « Puisque Mbusa Nyamwisi l’a dit, donc c’est vrai. Car Mbusa Nyamwisi n’est pas n’importe qui dans notre communauté. » la CRDH, financée par l’Américain Vice News monta des vidéos mettant les massacres sur le compte du général Mundos. Puis il eut Kisofele qui dévoila toutes les articulations du montage organisées par l’ancien président du Kyaghanda Yira de Beni, Prosper Nyamwesa, qui se rendait à la prison pour manipuler les gens. Plus près de nous, le maire de Beni, Masumbuko Bwanakawa Nyonyi subit le « dégonflement » pour avoir pointé certains députés d’être derrière la violence qui s’exerçait à Beni. Eloigné de Beni, il subit l’humiliation à Goma où il passa quelques jours au cachot du parquet pour une plainte déposée, ironie du sort, par ceux qui sont cités aujourd’hui. L’on ne rappellera pas comment l’un de deux députés cités a pu s’évader de la prison à Beni.

Fumée sans feu ?

Dans une formation organisée par Journalistes en danger (JED) animée par le journaliste Nicaise Kibel’Bel Oka en 2019 à Kinshasa sur l’investigation, la rumeur et les fake news, il a insisté sur le fameux adage « Il n’y a pas de fumée sans feu » démontrant qu’il n’y a que les paresseux qui peuvent croire à la véracité d’une telle amalgame. Parce qu’il existe des propagateurs malsains, cruels ou malveillants qui se réjouissent de la souffrance qu’ils affligent à leurs victimes et que les rumeurs renvoient à des informations qui se diffusent dans une population, non parce que des faits auraient été prouvés, mais parce qu’elles semblent être crues par d’autres personnes, à des contrevérités. Et donc une rumeur est plus crédible si, d’une part, elle correspond à ce que nous croyons déjà et si, d’autre part, elle entre en résonnance avec certains de nos espoirs ou de nos peurs, comme le souligne Cass R. Sunstein. Dans une communauté meurtrie, elle provoque des cascades informationnelles et la polarisation du groupe. La rumeur a souvent pour origine un propagateur délibéré motivé par toutes sortes de raisons. On les compte en bon nombre dans le Grand Nord où la tendance à ajouter foi aux fausses rumeurs a gagné les cœurs. Dans un monde où les exigences de la preuve de ce qu’on allègue sont recommandées, il est plus que temps de quitter la vision éhontée des « héros infaillibles » et de croire qu’un bruit doit nécessairement contenir une part de vérité. Hier, c’était le diable se nommait le général Mundos calomnié. Aujourd’hui, c’est Grégoire et Kizerbo. Ne faisons pas à autrui ce que nous ne voulons pas qu’on nous fasse. Qui tue par l’épée, périra-t-il par l’épée ? « Chers collègues, quittez les groupes armés ». Et si le président Christophe Mboso avait raison ? Qui dit mieux !

Nicaise Kibel’Bel Oka

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