RDC/Affaire chute de Bunagana. Face aux prévenus colonels Ndiandia et Lobo, le général Chirimwami se perd dans son témoignage

(Mars 2022. Le général Peter Chirimwami au front avant la chute de Bunagana. Archives Les Coulisses)

Le général Peter Chirimwami, ex commandant secteur Sukola II Nord-Kivu a comparu devant la Cour militaire du Nord-Kivu le 31 mars et le 4 avril 2023 entendu comme renseignant dans l’affaire qui oppose les colonels Jean-Marie Ndiandia et Désiré Lobo Kamuhanda contre le ministère public. Les deux colonels FARDC, respectivement commandant 3412ème régiment basé à Bunagana et 3307ème régiment basé à Gisiza sont accusés de fuite devant l’ennemi lors des affrontements de Bunagana. Le général-major Peter Chirimwami a été appelé à éclairer la religion de la Cour s’il a effectivement ordonné à ces deux officiers de replier

de Bunagana à Chengerero à 7 kilomètres. Le général Chirimwami, depuis affecté en Ituri, a commencé par tout nier en bloc ne reconnaissant pas avoir donné un quelconque ordre de repli. Pour lui, les deux colonels FARDC avaient abandonné les hommes de troupe au front Bunagana pour se réfugier à Kitagoma. Avec seulement 17 militaires sur les deux régiments. Le général s’est versé dans des déclarations confuses et des redites contradictoires. D’abord, il accuse l’un de deux colonels d’avoir tenté de le tuer dans une embuscade puis souligne la responsabilité du Chef d’État-major général de l’époque d’avoir affecté deux officiers sortant à peine de l’école sans avoir une connaissance du terrain et des troupes. Il déclare enfin qu’il existait un conflit de pouvoir entre le secteur Sukola II et le ChefEMG de l’époque. Pour enfin reconnaître avoir demandé à l’auditeur supérieur, le colonel magistrat Michel Kachili de relâcher les deux officiers. Ce dernier opposera un refus catégorique. Les témoignages du général Chirimwami ne concordent pas avec ceux de deux officiers notamment sur leur présence au front qui n’était pas la première. Ils ne sortaient pas des études. De confusion en contradiction, le général Chirimwami a fini par déclarer avoir donné l’ordre de repli de Bunagana à Chengerero non pas aux deux officiers mais au colonel Buyira, commandant en second bataillon au 3412ème régiment, arguant qu’à ce moment-là, les deux colonels avaient déjà pris la fuite abandonnant la troupe entre les mains du colonel Buyira. Les deux colonels prévenus rejettent la version du général Peter Chirimwami. Ils déclarent être partis ensemble avec le colonel Buyira aussitôt ordre de repli a été donné et exécuté. Chose grave, les deux infortunés soutiennent la main sur le cœur que le général commandant a longtemps confondu le colonel Jean-Marie Ndiandia avec le colonel Buyira. D’ailleurs, ajoute le colonel Ndiandia, l’ordre d’opération établi par le général commandant confond le commandant 3412ème régiment avec son commandant second bataillon. Bien plus, le général commandant semble confondre les localités de Chengerero et de Kitagoma. Incroyable !

Selon les investigations menées par la Rédaction du journal Les Coulisses peu après la chute de Bunagana, il ressort que l’ordre de repli pouvait se justifier par le fait que l’ennemi, composé de deux armées (RDF et UPDF) et leur supplétif du M23 avait une force supérieure à celle des FARDC. L’ennemi disposait de 2 bataillons coalisés RDF et UPDF contre deux régiments FARDC dont les effectifs réunis ne dépassaient pas 750 hommes. Bien plus, le commandement FARDC au front avait tellement confiance à l’UPDF qu’il n’avait pas pris en compte l’effet surprise et/ou alliance naturelle Kigali-Kampala. Il n’avait pas la notion de l’opération de déception exécutée avec professionnalisme par la RDF. Ce qui rendit impossible les FARDC d’utiliser le territoire ougandais. Enfin, l’ennemi ayant des espions et agents double au sein des FARDC, avait été informé du peu de stock en munitions dont disposaient les FARDC et du ravitaillement qui s’opérait en petite quantité. Voilà pourquoi il a attaqué en coupant la route Bunagana au niveau de Chengerero et en lançant l’attaque de Bunagana par les localités de Bigeza, Kibuya et Bugusa pour finir par encercler les FARDC. Enfin, comme le souligne maladroitement le général Chrimwami, le conflit de commandement entre le général Philémon Yav (aujourd’hui arrêté pour haute trahison et collaboration avec l’armée rwandaise) et le général Peter Chirimwami aurait eu des répercussions négatives sur le bon déroulement des opérations au front au point de dessiner deux clans dont l’un accusé de céder le matériel à l’ennemi et l’autre de fuite devant l’ennemi. Les deux colonels qui paient les frais dudit conflit sont poursuivis sur la base de l’article 58 du Code pénal militaire qui punit de capitulation ou cessation de combat et/ou de rendre le pavillon sans combattre. S’ils sont reconnus coupables, ils risquent la peine de mort. Mais comment dans ce cafouillage qui s’apparente à une non maîtrise du front par le général commandant (ce qui serait très grave), peut-on condamner deux officiers supérieurs vraisemblablement victimes du désordre et de conflits de leadership entre deux généraux sur un même terrain ? Pour une certaine opinion qui suit ce dossier, la comparution du renseignant Peter Chirimwami, plongé dans des contradictions inacceptables pour un officier général de son rang, a semé davantage de doutes. Le doute profitant à l’accusé, l’on peut penser que la Cour militaire du Nord-Kivu sous la conduite du colonel magistrat Kabeya ya Hanu rendra un jugement en faveur de deux colonels prévenus pour leur permettre de regagner le front à ce moment crucial où la nation a besoin de ses enfants pour défendre la patrie en danger. La prochaine audience est fixée au 14 avril 2023 pour les plaidoiries.

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La Rédaction /Les Coulisses

 

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