RDC. Du coltan au loyer. Comment l’économie de guerre du M23 ponctionne la population à l’Est

(Goma. patrouille des soldats rwandais dans la ville après la chute de Goma. Archives Les Coulisses).

Goma. Des minerais aux transports, du commerce aux services, l’économie mise en place dans les territoires contrôlés par le M23/AFC dépasse largement la seule exploitation des ressources naturelles. Une enquête récente met en lumière un système de taxation touchant entreprises, commerçants, transporteurs et populations tandis que des témoignages recueillis à Goma illustrent les répercussions de cette économie de guerre jusque dans les transports et le marché immobilier.

L’exploitation minière, l’aspect le plus documenté du financement de la guerre du M23. 

L’enquête de The New Humanitarian, publiée début septembre 2026, décrit un dispositif plus large, fondé sur le contrôle du territoire et la capacité de ce mouvement terroriste M23/AFC à prélever des revenus à presque tous les niveaux de l’activité économique.
Dans les zones sous contrôle du M23, des taxes sont perçues aux barrières routières : poids lourds, motos-taxis et autres moyens de transport y sont soumis. Boutiques, entrepôts, marchés et commerce transfrontalier font aussi l’objet de prélèvements ou d’obligations d’enregistrement. Carburant, produits agricoles, bois, charbon de bois et marchandises manufacturées sont taxés à différents points de leur parcours, et certaines contributions rurales se paient en biens, en travail ou en récoltes plutôt qu’en argent.
Pris séparément, ces prélèvements semblent modestes. Accumulés, ils constituent une source régulière de revenus qui finance les combattants rebelles et une administration parallèle.
Rubaya, une source majeure de revenus miniers
La zone de Rubaya, dans le Masisi, occupe une place centrale grâce à ses gisements de coltan, minerai contenant du tantale utilisé dans l’industrie électronique. Le M23 s’en est emparé en 2024. Selon le Groupe d’experts des Nations unies cité par The New Humanitarian, le mouvement en tirerait environ 800.000 dollars par mois, soit près de 10 millions par an. Ce contrôle s’étend aux routes et points de passage, permettant de capter des revenus à chaque.

Étape : extraction, transport, commercialisation.
Sur les axes reliant les zones gouvernementales aux territoires administrés de fait par le M23/AFC, les transporteurs intègrent divers paiements dans leurs coûts. Des chauffeurs de poids lourds quittant le Grand Nord (Beni-Lubero)vers les zones sous contrôle du M23/AFC rapportent plusieurs paiements aux points de passage. L’un d’eux évoque aussi une pratique liée à l’épidémie d’Ebola : « Nous savons que les mesures sanitaires sont importantes, surtout avec Ebola. Mais lorsqu’un camion est immobilisé, cela représente une perte énorme pour le chauffeur et le propriétaire. Dans certains endroits, on nous demande 100 dollars pour continuer sans être mis en quarantaine. Beaucoup préfèrent payer plutôt que rester bloqués. »
Des effets qui remontent jusqu’à Goma
À Goma, la contraction économique et les déplacements de populations affectent le marché immobilier. La demande locative a baissé, des logements restent vacants plus longtemps alors que les charges continuent de courir. Un propriétaire témoigne : « Avant, un logement disponible ne restait pas longtemps sans locataire. Aujourd’hui, beaucoup sont partis et ceux qui restent n’ont parfois plus les moyens de payer les anciens loyers. Nous devons revoir nos prix à la baisse. Un logement vide ne rapporte rien, alors que les factures d’eau et d’électricité continuent d’arriver. »
Au Sud-Kivu, l’entreprise Twangiza Mining affirme qu’environ 70 millions de dollars d’or ont été retirés de son exploitation après le passage sous contrôle rebelle, une allégation de l’entreprise, non une estimation indépendante. Plus largement, une partie des minerais de l’est de la RDC est acheminée vers le Rwanda, où elle peut se mêler à d’autres circuits commerciaux avant d’atteindre les marchés internationaux. Le Groupe d’experts de l’ONU a documenté ce mélange de coltan rwandais et congolais, une question devenue centrale pour les mécanismes de traçabilité minière.
Le contrôle économique ne se limite pas aux taxes : des mécanismes financiers parallèles se sont développés alors que le système bancaire classique, perturbé dans ces zones, complique l’accès aux services financiers pour entreprises, salariés et ménages.
Le résultat est un système où contrôle territorial et contrôle économique se confondent. Qui contrôle les routes taxe les marchandises. Qui contrôle les marchés impose des prélèvements. Qui contrôle les zones minières capte une partie des revenus. Le transporteur paie pour circuler, le commerçant supporte les prélèvements, le producteur agricole contribue parfois en nature, le propriétaire immobilier baisse son loyer pour garder un locataire tout en payant ses charges.
L’économie de guerre du M23/AFC apparaît ainsi comme un système à plusieurs niveaux, où les minerais restent une composante essentielle, mais où la taxation des activités ordinaires fournit également des revenus réguliers à l’appareil qui contrôle le territoire.

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Xavier Mulongoshi Wangi

 

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