RDC. Père Désiré Bakangana relève la complexité de la « Balkanophilie dépassant les adjectifs particularisants »

(Munyonyo/Kampala. La délégation cosmopolite du M 23 réclamant du gouvernement congolais l’application des « doléances légitimes ». Archives Les Coulisses).

C’est avec grande attention que j’ai lu vos deux articles sur « RDC. la théorie des intérêts convergents » et sur « Grands Lacs. Balkanisation de la RDC sur base des « doléances légitimes » du CNDP au M 23 ».

L’analyse que vous y faites n’est peut-être pas nouvelle si l’on doit la comparer à des baobabs tels « le rapport mapping » ou d’autres littératures afférentes (ex : Séverine Autesserre, « The touble with the Congo…(Cambridge, 2010) » et d’autres dont vous avez connaissance. Cependant, l’analyse est pertinente dans ses enjeux contextuels (locaux) et c’est cela qui m’a intéressé. Les deux articles, et d’autres auxquels je vais me référer plus tard, présentent ce que l’on peut appeler « cohabitation des contraires1 » !

1. Je vais partir de l’article sur les « intérêts convergents ». Le fait que le Rwanda et l’Ouganda se mettent d’accord pour déstabiliser le Congo-Kinshasa, alors qu’au su de la communauté internationale ils affichent des hostilités mutuelles (leurs frontières sont encore fermées !), cela remuerait la réflexion de ceux qui ont encore le temps d’une pensée critique. Cette alliance Rwando-Ougandaise démontre une vraie « cohabitation des contraires ».

En deuxième lieu, l’article sur « Grands Lacs. Balkanisation de la RDC sur base des « doléances légitimes » du CNDP au M 23 » pointe du doigt sans détours des « débiteurs…surtout ceux d’expression kinyarwanda ». Première observation à ce niveau, nous avons l’équation contrariante « Ouganda-rwandophones », si vous maintenez l’implication de l’Ouganda aux côtés du Rwanda.

Deuxième observation : Il n’est un secret pour personne que tous ces mouvements « balkanisants », faisant abstraction des complices internationaux, étaient composés des non-rwandophones. Les ensembles Ondekane-Nyamwisi-Azarias Ruberwa-Laurent-Désiré Kabila ; Thomas Lubanga et Jean Bosco Ntaganda et d’autres que vous maîtrisez mieux que moi, prouveraient que la « balkanophilie »(ndrl) est plus complexe et dépasse des adjectifs particularisants. Si l’on doit pousser plus loin, le MLC de Jean-Pierre Bemba était débiteur de quelle phonie, ou Kamwena nsapu ou les Mbuti du Katanga et les mai mai qui foisonnent partout, etc ? Comment comprendre la pertinence de votre article « RDC/Mbau. Quand un Assomptionniste s’agite à travers une « Lettre aux disparus » après 9 ans », dans lequel vous dénoncez un complot interne et païen ?

Je crois que le nœud de vos analyses reviendrait aux « intérêts convergents » qui se moquent et vont au-delà de toute « phonie ». Vous n’aviez pas besoin, à mon avis, d’embrouiller votre analyse par cette particularisation. Il reste vrai qu’il y aura toujours des maillons (pas toujours faibles) comme les « doléances légitimes » (que chaque groupe définit selon ses intérêts convergents) par lesquels les manipulateurs vont passer, parfois en se moquant des « phonies » qui, à la longue, deviennent des victimes des « cohabitations des contraires ».

J’aime cette allégorie : quand les Juifs ont demandé la libération de Barabas, c’est pas parce qu’ils croyaient en son innocence ; ou quand ils ont clamé qu’ils n’ont de roi que César, c’est pas parce qu’ils en étaient convaincus. Les deux actes convergeaient vers un intérêt commun : l’obtention de la condamnation de Jésus.

Père Désiré Bakangana

Missionnaire Pallottin.

Goma, le 16 novembre 2021

N.D.L.R.

Nous remercions sincèrement le père Désiré Bakangana pour sa réaction à la fois philosophique et éducative. Ce qui prouve qu’il est parmi les grands et vrais lecteurs du journal Les Coulisses. Nous sommes d’accord avec lui que « Ces mouvements balkanisants étaient composés des non Rwandophones ». Nous y ajoutons l’adverbe « aussi » tout comme nous reconnaissons que la « Balkanophilie est plus complexe et dépasse les adjectifs particularisants » et « que les intérêts convergents se moquent de toute « phonie ». Sur toutes les photos de ces mouvements balkanisants, on trouve des personnes des ethnies qui ne sont pas d’expression kinyaranda. Enfin, l’allégorie sur la libération de Barabas explique tout. Il arrive qu’on utilise une communauté comme bouc émissaire, à la manière de ponce Pilate, pour lui coller une responsabilité historique culpabilisante, au nom des intérêts convergents dont elle n’est peut-être pas bénéficiaire. C’est ce que font le Rwanda et l’Ouganda. D’où l’appel à la sensibilisation de tous ceux qui se croient permis d’agir au nom de leurs communautés sans en avoir reçu mandat.

1 L’expression est d’un philosophe du Moyen-Age, Nicolas de Cuse.

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