Grands Lacs. De Museveni à Uhuru : les conflits de l’est de la RDC et les stratégies de communication

Uhuru Kenyatta, Chef de l’État du Kenya s’est adressé aux représentants des groupes armés congolais ayant pris part aux pourparlers d’incitation à déposer les armes. La vidéo de cette adresse a fait des émules parmi de nombreux congolais. Sans vouloir lui prêter de mauvaises intentions, Uhuru Kenyatta a voulu une communication unilatérale devant les représentations de certaines milices armées. Car, même le Christ ne sait pas par cœur la liste des groupes armés opérant à l’est de la RDC. Une communication –moralisation à sens unique sur base d’auto victimisation. Demander aux Congolais d’abandonner la violence armée pour s’abonner à la paix, dans sa    beauté, cette exhortation est stratégique et à dessein mais incomplète. Elle répond à la disculpation inconditionnelle face à la vérité des faits. Les conflits armés dans l’est de la RDC ont des soubassements internes et extérieures dues aux contingences socio-culturelles des populations à cheval. Feindre de l’ignorer, c’est tromper sa propre conscience. On remarquera que nulle part dans cette moralisation des opérateurs congolais de la violence armée, le président Uhuru Kenyatta ne mentionne la part des groupes armés étrangers. Pire encore, il ne fait aucune allusion aux pays voisins, parrains de la déstabilisation de l’est du Congo. Pour bien se faire comprendre, Uhuru Kenyatta communique en swahili (et non en anglais). Bien avant lui, toujours devant le même auditoire, le président Museveni a communiqué en swahili, se vantant de la proximité culturelle et linguistique du président Kagame avec les populations de Rutshuru et de la sienne avec celles de Beni et Ituri. Une image est passée inaperçue. Museveni finissait son adresse à Nairobi en swahili au moment où le président de la RDC, Félix-Antoine Tshisekedi mettait les écouteurs de traduction. On peut conclure que la communication de Museveni aux Congolais avait échappé à leur président. La question est simple : « Pourquoi les dirigeants de la Sous-région s’adressent-ils aux populations meurtries de l’est de la RDC leur demandant de se pardonner les unes et les autres et ne disent pas un seul mot sur les pays agresseurs comme le Rwanda et l’Ouganda ? »

Depuis la guerre de l’AFDL, on est dans une gestion médiatique de la violence armée, devenue enjeu de lutte politique entre les agresseurs et l’agressé. Les agresseurs manipulent l’information autour des conflits qu’ils alimentent en les mettant sur le compte des Congolais. Parce que la 1ère victime d’une guerre, c’est toujours la vérité. Et les Congolais se déchaînent en s’attaquant avec virulence à leurs institutions. Des analystes de tout acabit ont pris l’habitude de condamner un gouvernement rendu faible et défaillant par le manque de patriotisme mais aussi par de complots internationaux. Qui peut ignorer que la déstabilisation de l’est de la RDC et son instabilité chronique répondent d’une logique de guerre internationale hybride ? Derrière les prétextes ethniques se cachent le facteur premier de guerres internationales qui sont les richesses naturelles nationales qui, à la fois, financent les conflits et en constituent les enjeux. Le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda ont une part non négligeable dans la déstabilisation de l’est de la RDC. Depuis trois décennies, des immixtions des pays voisins et l’instrumentalisation des ethnies par les mêmes voisins prouvent que la guerre de l’est est une véritable opération de pillages des ressources naturelles qui rapporte gros aux voisins et aux Occidentaux. Voilà pourquoi les voisins ont réussi à repousser leurs oppositions armées et à les positionner sur le sol congolais du Kivu.

Stratégie d’une communication culpabilisante

Uhuru, Kagame et Museveni utilisent une stratégie de culpabiliser les seigneurs de guerre congolais opérant à travers les milices ethniques. A lui seul, ce discours ne peut payer d’autant plus que les interlocuteurs savent que la vérité reste cachée et que tout effort de ramener la paix reste vain tant que les voisins continueront à jouer le double jeu. Tant que les milices armées seront assises sur des carrières minières dont les voisins sont les premiers bénéficiaires. En s’adressant aux rebelles congolais en des langues que ne parle pas Félix-Antoine Tshisekedi, Uhuru et Museveni font de la gestion médiatique de la violence un enjeu de manipulation. Ils tiennent à maîtriser l’information autour des enjeux du conflit et de vrais tireurs de ficelles, en se déculpabilisant. Cette médiatisation de la violence est portée sur le devant de la scène par des ONGD et autres bureaux d’études qui doivent leur existence à la faillite de l’État congolais. Il n’y a pas mille solutions pour ramener la paix à l’est de la RDC sinon discuter en toute franchise avec les pays voisins, parrains de la déstabilisation ou opter pour la voie des armes. Et donc, lever une armée forte, républicaine et professionnelle adaptée aux menaces actuelles et à venir. Continuer à compter les morts, c’est verser pousser les larmes de crocodile.

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Mathias Ikem                                          

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