RDC/agression. De la victime humiliée au statut de bourreau

La guerre d’agression contre la RDC a pris un coup fatal ces dernières semaines. La relique de Lumumba tué par les impérialistes atterrissait sur le sol congolais. Dans l’indifférence totale des bourreaux américains. En face de la ville de Goma se tenait le sommet du Commonwealth. Au lieu de condamner le Rwanda, le monde civilisé a retourné le fusil en dénonçant les messages de haine véhiculés par certains congolais contre une minorité. Du haut de la tribune des Nations-Unies, le peuple de la RDC a été rappelé à l’ordre : « Évitez la haine, évitez la stigmatisation. » Les médias internationaux se sont invités. Tous condamnent le message de haine de Congolais. Avec raison. Sans toutefois condamner l’agression. La faute à la RDC. Quelles sont les proportions de cet appel à la haine ? Sur 100 millions de Congolais, combien ont-ils appelé à la haine contre le voisin ? De la victime humiliée, la communauté internationale nous accorde le statut de bourreau. Dans une sorte d’autoflagellation, des Congolais ont repris le message : « Aimez vos ennemis. Comme le Christ. » Il serait indécent, irréfléchi de prêcher la haine du Rwandais qui cohabite avec le Congolais. Le Rwandais n’attaque pas son voisin et ne menace pas l’intégrité de la RDC. Il y a ceux qui font la guerre depuis 1990 sous l’étiquette d’une certaine minorité. Ils sont connus. Peut-on faire la guerre sans haine de l’autre qui vous envoie des attestations de mourir ? Dans son livre « La haine de l’Occident », Jean Ziegler décrit l’attitude de Sarala Fernando devant la proposition de l’Union européenne de condamner par une résolution dure le régime islamiste du Soudan : « Compte tenu des crimes présents et passés commis par l’Occident, Sarala Fernando tient pour parfaitement indécente l’invocation des droits de l’homme par un ambassadeur occidental-en quelque circonstance que ce soit. A New York, à Genève, la grande majorité de ses collègues, algériens, philippins, sénégalais, égyptiens, pakistanais, bengalis, congolais, etc, pensent exactement comme elle. Parce que leur mémoire abrite les mêmes blessures que celles de Sarala Fernando. Eux aussi habitent la plaie sacrée dont parle Aimé Césaire. » L’Occident à qui est destiné cette haine reste sourd, aveugle et muet face à ces manifestations identitaires, fondées sur un profond désir de justice. Il ne comprend rien à cette haine. Pour Jean Ziegler, l’Occident ignore et la profondeur et la gravité de ces blessures. Citant Régis Debray, il distingue deux espèces dans le genre humain dont l’une ne voit pas l’autre : les humiliants et les humiliés.

Dans le drame imposé à la RDC depuis trois décennies, la difficulté réside en ce que les humiliants ne se voient pas en train d’humilier. On a beau compter les morts, plus de 6 millions de Congolais, trois décennies de guerre et de pillage, de viol, faisant des déplacés et réfugiés pour ceux qui résistent encore à la mort mais surtout un peuple d’humiliés. Pour nous consoler, le même Occident, dans sa conscience chargée, décerne un prix Nobel à un Congolais, Dénis Mukwege et ferme les oreilles à son cri de détresse. Le cynisme et l’arrogance de Kigali et Kampala contribuent puissamment à la montée de la haine dans la région des Grands Lacs. Tout le monde est d’avis que la passion de la haine n’est pas dans le germe du Congolais, dans l’être du Congolais. Comment doit réagir un peuple humilié et qui sait, par-dessus tout, que les raisons de son humiliation tiennent du pillage des ressources de son sous-sol et de tentatives de balkanisation de son territoire ?  Comment mettre fin à toutes ces humiliations ? Jean Ziegler rappelle que le sentiment de dépossession de soi dont sont victimes les populations (congolaises), les perturbations et les traumatismes profonds subis pendant des décennies peuvent aussi fonder une véritable rage identitaire, qu’elle soit d’ordre ethnique, religieux ou culturel. La rencontre des cultures singulières, la complémentarité des appartenances constituent la richesse d’une nation. La RDC compte 450 ethnies. Voilà une richesse indéniable.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

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