RDC/Insécurité. Que se disent la notabilité de l’est et les autorités du pays quand elles se rencontrent?

(Goma/Musée. Le Premier ministre Jean-Michel Sama s’exprime devant la notabilité. Photo tiers)

Pour ou contre l’état de siège ? Pour ou contre la mutualisation des forces ? Que pensez-vous de l’insécurité ? Qui tue dans les deux provinces et comment ramener la paix ? Questions de routine posées aux mêmes communautés ethniques, aux mêmes coordinations de la société civile, aux mêmes confessions religieuses et aux mêmes notables. Le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde, accompagné d’une forte délégation, est en tournée d’évaluation de l’état de siège et des opérations militaires dans les deux provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Protocolairement, il vient avec les mêmes avec qui il vit à Kinshasa, les reçoit dans leurs provinces, les visages souriants, et tous repartent satisfaits. Même symbolique. A la fin, la presse lui pose les mêmes questions. Il donne les mêmes réponses. Certains membres de la délégation sont venus dans tous les gouvernements qui se sont succédé. Sur les faits et sur le terrain, rien ne change. Passé l’euphorie de la visite, les mêmes acteurs de la violence reprennent le slogan contre l‘état de siège. Qui trompe qui ? La fête aura été de courte durée. La vie reprend comme d’habitude. Attaque des ADF/MTM, attaque des milices ethniques contre les positions de l’armée loyaliste, attaque du M23. Comme si le Premier ministre ne s’y était jamais rendu. D’où la question simple : « Sommes-nous habitués à jouer et à cohabiter avec l’insécurité ? »

Un adage populaire dit que la sécurité tout comme l’insécurité est l’affaire de tout le monde. Un autre adage affirme que l’ennemi ne peut pas opérer des années chez vous sans avoir bénéficié de la complicité et du soutien de l’intérieur. Et le stratège Mao enseigne que l’insurgé vit dans la population comme le poisson dans l’eau. Question : « Tous les notables des provinces insécurisées sont-ils incapables de dire avec précision ce qui est à la base de l’insécurité endémique dans leurs contrées ? Quels remèdes face à « leurs » propres enfants qui sèment mort et désolation au sein de leurs communautés ? »

La délégation du Premier ministre repart sur Kinshasa avec des recommandations (termes appropriés). Sur la levée de l’état de siège et la fin de la mutualisation des forces ? Sur l’insécurité devenue chronique ? Depuis que le M23 se pavane dans le Rutshuru, tout le monde se tait. Les condamnations sont inaudibles, les notables sont restés aphones. Même la bouillante Lucha, experte en villes mortes, et sa cousine « Véranda Mutsanga » ont disparu de la circulation. En Ituri, les massacreurs s’identifient bien à des communautés ethniques connues. Ils peuvent kidnapper leurs propres frères. Normal. Les choses se passent comme si les milices sortaient d’une autre planète. Or, ils combattent, disent-ils, pour défendre « leurs » communautés. Ils veulent tous la levée de l’état de siège même quand le danger est là et s’appelle M23. A la question lui posée par la Rédaction du journal Les Coulisses sur les raisons de son immobilisme à visiter les provinces, le Premier ministre Antoine Gizenga répondit : « Savez-vous combien coûte le déplacement de la délégation d’un Premier ministre ? » Sans attendre la réponse, il enchaîna : « Entre affecter cet argent à résoudre les nombreux défis du pays et se pavaner en dilapidant le peu d’argent, vous me conseillez quoi ? »  Bien que cette réponse soit si discutable, il nous revient de poser les vrais problèmes du Congolais en terme d’hypocrisie, d’irresponsabilité et de manque de patriotisme. Car Gizenga, revenu à la vie, pourrait nous demander ce que ces nombreux voyages dans les provinces insécurisées ont donné en terme des résultats positifs. En clair, qui évaluera en termes d’amortissement et des moyens dépensés les nombreux déplacements dans les zones insécurisées ? Les solutions sont bien connues. Sauf que… L’insécurité de la RDC est connue et entretenue. Le peuple a besoin de vrais remèdes et non des pansements. Tout le monde veut la paix et la récite sans exiger aux institutions de donner les moyens qui procurent ladite paix. Il faut imposer la paix. Question finale : « Quelle est la différence mais également le lien entre état de siège et opérations militaires ?»

Demandez aux bénéficiaires de l’insécurité s’ils veulent ou pas de l’état de siège. Attendez- vous à quelle réponse ?  Koffi Olomide l’a dit : « Babetaka lisolo ya sapato té liboso ya moto akatana lokolo traduisez : On ne vante pas ses chaussures devant une personne amputée du pied ». Qui dit mieux !

Nicaise Kibel’Bel Oka

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