Adieu général Vainqueur Mayala

(Général Vainqueur Mayala. Photo prise par Nicaise Kibel’Bel Oka à l’hôtel Matutina/Goma)

Vainqueur Mayala, c’est toute une histoire de la guerre de l’est de la RDC qui disparaît. Depuis l’époque de Forces armées zaïroises (FAZ), en passant par les FAC jusqu’aux Forces armées de la RDC (FARDC), Vainqueur Mayala est un exemple du bon et vrai officier. Toujours humble, courtois et bon chic. Vainqueur Mayala, alors très jeune capitaine, reçut de la république la lourde mission d’accueillir les rebelles Bakonzo de l’Ouganda, les fameux NALU (National Army the Liberation of Uganda) pour les installer dans le territoire de Beni. Il va gérer l’une des épouses congolaises (de l’ethnie mbuba originaire de la localité de Kokola entre Mbau et Eringeti) du président Idi Amin. C’est, en partie, grâce à cette épouse que les jeunes bambuba feront leur adhésion massive dans la nébuleuse ADF/NALU. Il l’a rappelé en 2019 au CHESD en désignant même certains vétérans congolais contre qui l’armée se battait et qui continuent à endeuiller la région de Beni. De l’histoire de NALU dans la région du Ruwenzori, Vainqueur Mayala fut envoyé en Ituri pour combattre contre la milice de Peter Karim dans la région de Fataki, territoire de Djugu en 2009. Le journal Les Coulisses qui couvrait la guerre de l’Ituri révéla comment Vainqueur Mayala réussit à se sauver du guet-apens lui tendu par les casques bleus de la MONUC : « Lors d’une descente en hélicoptère de la MONUC à Fataki où il fallait discuter avec la milice de Peter Karim, Vainqueur Mayala se retrouva dépouillé de tout. Même pas un pistolet. Arrivés sur le lieu, les combattants encerclèrent la délégation, décidés à tuer Vainqueur Mayala. D’un geste digne d’un vrai soldat, il gagna l’hélico par l’autre issue et se glissa sous la bâche. Les combattants cherchèrent dans l’hélico sans idée que la cible était sous la bâche. Ils fouillèrent les alentours de la brousse sans rien trouver. C’est lorsque la délégation quitta Fataki que Vainqueur Mayala sortit sa tête. » A Goma, celui qui m’appelait affectueusement « mbuta » venait me voir à l’hôtel Matutina (devenu Kivu Lodge) où je logeais. On prenait un verre avec lui et prenait des photos dont celle-ci. Notre dernière rencontre eut lieu au Collège des Hautes Études de Stratégie et Défense (CHESD) en juillet 2019. On s’embrassa. Je lui parlai d’un certain Kambale alias Mbale, son petit de confiance qui m’avait transporté de Bunagana à Goma et, après m’avoir fait payer la course, se présenta à moi : « Journaliste, je sais que tu es le frère du général Vainqueur. Nous venions te voir à l’hôtel. Je t’ai reconnu. Je t’ai demandé de l’argent. Na canaille. Tu diras au général, wana pur vieux na nga. Na esprit ya bien. » Dans mon bureau au mur, il y a l’une des photos du CHESD où tu te retrouves, cette fois-là en costume et cravate, après ta retraite. Comme quand tu venais me voir en gentleman.

Ainsi se termine l’aventure terrestre d’un vaillant militaire qui a servi son pays avec bravoure et patriotisme. Tes collègues et toute l’armée te pleurent. Va en paix et que la terre de nos ancêtres te soit légère. Plus rien à vos ordres.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

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