RDC. Sukola I contre les ADF/MTM. 9 ans après. Face à l’enlisement total, repenser les stratégies

(Beni. Rock Hôtel. Le 12 janvier 2014, le journaliste Kibel’Bel Oka explique à l’Etat-major FARDC la nature jihadiste de l’ennemi. Archives Les Coulisses).

Le 16 janvier 2014, l’État-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) lançait les premières vraies opérations contre les islamistes de Madina at Tauwheed Wal Muwahedeen (MTM) dans la région de Beni. Quel bilan doit-on établir ce jour du 16 janvier 2023, soit neuf ans après ? Pour y répondre avec toute l’objectivité, il faut signaler que ces opérations avaient été sollicitées par la notabilité Nande sur base d’une liste de près de 900 personnes (femmes, enfants, vieillards et jeunes) kidnappées et des tueries sur les axes routiers. Dès les premières heures, ces opérations ont consisté à des bombardements des positions des islamistes. Le duo Bauma-Mundos réussit à libérer près de 700 personnes. La guerre de bombardement ne dura que 6 mois avant de prendre la vraie nature d’une guerre asymétrique. Et depuis, Lucien Bauma (paix à son âme), Charles Akili Mundos, Marcel Mbangu, Fall Sikabwe, Chicko Tshitambwe, Jacques Nduru Ichaligonza, Peter Chirimwami, Mputela et aujourd’hui Jean-Robert Kasongo, tous coiffés de commandants de la 3ème

Zone de défense, sont passés sans que la nébuleuse MTM ne soit vaincue. Les FARDC sont allées de surprises en découvertes des stratégies de l’ennemi sans comprendre que l’ennemi, tel un poisson dans l’eau, avait envahi toutes les structures de la société. Aujourd’hui encore, certains notables et officiers ne savent pas la vraie identité de l’ennemi sinon en doutent toujours. A la difficulté de l’identité de l’ennemi s’ajoutèrent les doutes, l’intoxication, la manipulation de l’opinion et le refus de reconnaître l’ennemi. Notables, MONUSCO, GEC, société civile se muèrent en obstacle en faveur des ADF contre les FARDC et pointèrent le général Muhindo Mundos comme massacreur (hier à Kasindi, ce n’est pas Mundos qui a tué). Des Congolais jusqu’au niveau des institutions n’acceptent pas que l’ennemi s’est métastasé et agit comme membre de l’État islamique en relation avec Al sunnah du Mozambique. Bilan mitigé jusqu’en 2019, dira-t-on et depuis enlisement total. Comment expliquer cet enlisement ? Bien de choses mais pour l’essentiel, il y a comme un triomphalisme pour chaque commandant qui vient au front négligeant ainsi le retour d’expérience de son prédécesseur. Bien sûr, l’implication de certains notables dans la campagne de sabotage et l’intox y contribue pour beaucoup. Enfin, le problème de stratégie et d’effectif au niveau de l’armée nationale. Les mêmes localités sont conquises, reprises et perdues à jamais sans consolidation. Du sur place avec du sang qui coule à flot.

Depuis 2019 qui coïncide avec le slogan « opérations de grande envergure » où l’on déversa des généraux au front sans résultat palpable, on ouvrit la boîte de Pandore. Le front militaire s’enlise du jour au jour. La mutualisation FARDC-UPDF y a ajouté son côté ombrageux. Superposition de commandement rendant le secteur opérationnel Sukola I inefficace, crise de confiance et de commandement entre la coordination, les deux États de siège, les secteurs opérationnels et la 3ème Zone de défense. Effectifs insuffisants pour combattre un ennemi à la mobilité insaisissable qui fait le choix de ses cibles. Conséquence : enlisement total. Les terroristes qui n’occupaient que le triangle Mwalika/Karuruma (Bashu)- Kamango (Watalinga) – Kokola/Abialose (Eringeti) ont répandu leur zone d’influence jusqu’en Ituri (Irumu et Mambasa). Désormais, ils peuvent frapper tout Beni jusqu’à Butembo sans être inquiétés. Côté mutualisation, on vante les bombardements sachant que même la Russie en Ukraine ne gagne pas la guerre par des bombardements. On vante les petites prises et les otages libérés (ce qui est à saluer) mais des commandants terroristes, aucune note. Les Baluku & Cie continuent de respirer l’air comme s’il n’y avait jamais eu des opérations militaires. Les terroristes arrêtés ne sont pas exploités au mieux. Tous les agitateurs politiques, l’Église et les notables du Grand Nord se sont tus. La justice militaire (opérationnelle) est au point mort. Tout se passe sans évaluation réelle des opérations, malgré tant de victimes civiles et militaires et les moyens engloutis. Le 20 septembre 2022, ont été finalisées les procédures opérationnelles standard au CHESD sous l’impulsion de l’américaine Bridgeway Foundation avec clé une évaluation dans les deux mois. Quel en est le résultat ? L’on répète à qui veut que le combat contre le terrorisme islamiste ne se fait pas sous l’épaisseur des blindés. Personne ne veut entendre. Questions. Comment expliquer que pendant cinq années, les FARDC ont combattu et contenu les MTM avec un général commandant des opérations et un colonel et que, depuis la 6ème année, c’est une pléthore de généraux ? Était-ce une mauvaise planification ? Comment expliquer que les premiers mois de l’opération, les FARDC ont disposé des armes lourdes provenant de notre stock et qu’à ce jour, on recourt à l’UPDF ?

Peut-on conclure que l’UPDF n’est là qu’avec un objectif clairement défini, celui d’éloigner le danger islamiste pouvant gêner l’exploitation prochaine du pétrole de Total Energies ? A voir le double comportement de l’UPDF au front Grand Nord et front Bunagana, il y a lieu effectivement d’affirmer sans risque d’être contredit : L’UPDF se bat aux côtés des FARDC pour éloigner les MTM de la frontière ougandaise afin de permettre l’exploitation du pétrole du lac Albert dans la quiétude. Le recours à la RDF (Rwanda) par la France pour combattre les islamistes Al Sunnah du Mozambique et permettre l’exploitation du bloc gazier enlève tout doute légitime. L’État-major général des FARDC doit ouvrir le débat avec des spécialistes civils comme militaires. Agir autrement, c’est perdre totalement la boussole.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Directeur du Centre d’Étude et de Recherche Géopolitique de l’Est de la RDC (C.E.R.G.E.C)

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