Niger. La France, Mamadou Issoufou et leur marionnette Bazoum. Les vérités cachées d’un coup d’État

Depuis le 28 juillet 2023, le Niger vit sous un régime du coup d’État militaire opéré par le général Abdourahamane Tchiani, ancien chef de la garde présidentielle. Le président élu, Mohamed Bazoum est tenu en otage avec sa famille au palais présidentiel. Depuis, les déclarations contradictoires sont observées allant d’appels à la libération du président élu à la menace d’une intervention militaire en passant par le respect de la Constitution du Niger. Depuis, on assiste aussi à des manifestations contre la présence militaire française et aux appels à la Russie. Depuis, on assiste à de nouvelles alliances entre les militaires au pouvoir au Burkina Faso, en Guinée et au Mali contre la CEDEAO qui aurait disposé des forces en attente en vue de restaurer le président déchu. Que s’est-il passé réellement pour qu’on en arrive à ce stade ? La Rédaction centrale du journal Les Coulisses a interrogé certaines sources à Niamey qui livrent ici leur compréhension de la situation.

Au demeurant, il faut placer le décor.  Le président Mohamed Bazoum avait été désigné dauphin de son prédécesseur Mamadou Issoufou qui a dirigé le Niger de 2011 à 2021. Les deux sont issus du même regroupement politique, PNDS-Tavayya. Le président Mamadou Issoufou avait désigné son fils Samy Issoufou Mahamadou directeur de campagne de Bazoum, Une fois le dauphin accède au pouvoir, Mamadou Issoufou place ses fidèles à la tête de tous les postes stratégiques du pays et s’impose pour que le général Tchiani reste à la tête de la garde présidentielle. Notre source est formelle : « L’ancien président avait vendu le Niger aux Occidentaux. Il a imposé Bazoum à la tête du Niger comme marionnette pour faire respecter tous les contrats signés avec la France. C’est aussi lui qui a imposé le général Tchiani. Seulement, le coup d’État lui a échappé lorsque les autres unités combattantes sont intervenues pour éviter que la France puisse garder main basse sur le Niger ».

Une autre source renchérit : « Contrairement à son prédécesseur, Bazoum n’est pas Nigérien d’origine. Son élection a été une violation de la Constitution qui exige que le président de la république soit Nigérien d’origine ». Au-delà de tout ce qui se raconte sur le Niger, il y a trop de griefs relevés dans la gestion de Bazoum. Notre troisième source retient trois et les énumère un à un. Primo, la gestion sécuritaire : « Bazoum a géré seul la sécurité en écartant l’armée. A chaque fois qu’on arrêtait des jihadistes au front, Bazoum intervenait pour qu’on ne les neutralise pas. Jetés en prison, ils étaient libérés et se retrouvaient au front contre les mêmes FDS qui les avaient arrêtés. Et tuaient les militaires loyalistes. Ce qui est une haute trahison. »  Secundo, la gabegie dans les contrats : « Des milliards des FCFA détournés. Bazoum passe des commandes d’armement à un homme d’affaires vendeur du ciment qui préfinance l’achat d’équipement militaire non approprié juste pour une surfacturation ». Tertio, les accords signés avec la France « Le 1er accord de coopération technique signé avec la France est connu mais pas les autres. La France n’accepte pas qu’on dénonce ces accords flous qui ne profitent pas au Niger. Elle répète à l’envi qu’elle ne peut pas négocier avec un gouvernement illégitime. Or, au Burkina Faso, au Mali, les mêmes accords ont été dénoncés. Est-il normal que 1500 soldats français chassés du Mali atterrissent au Niger sans solliciter l’avis du parlement nigérien ? Les Nigériens l’ont appris de la bouche du président Macron ».

Les coups d’État, une nouvelle distribution des cartes ?

La CEDEAO a beaucoup compté sur la France. Et la France sur les États-Unis pour régler la crise nigérienne par une intervention armée. Au fils des jours, les positions des uns et des autres divergent sur cette approche offensive. L’Algérie, la Mauritanie, le Tchad, le Togo, le Nigéria, le Cap vert ont donné des positions qui ne soutiennent ni n’encouragent l’approche militaire. Ce qui crée chaque jour des fissures et faiblit les positions radicales d’un Alassane Ouattara et/ou Macky Sall. Les États n’ont pas d’amis, rien que des intérêts. Et les intérêts de la France ne sont pas les mêmes que ceux des États-Unis. Une lecture réaliste, loin de toute obsession démocratique, comprend qu’il est difficile si pas impossible de chasser les militaires par les armes. Les dégâts seraient inimaginables. Bien plus une telle opération déstabiliserait davantage le Sahel.

Tout le monde est unanime que les militaires au pouvoir ne touchent pas à la vie du président Bazoum et qu’ils le libèrent. On pourrait par la suite lui trouver un pays d’exil. Les États-Unis agissent toujours indirectement. La politique américaine est très lisible par rapport à celle française. La France a trop tardé à réviser son logiciel en Afrique. Les États-Unis sont en train de nouer des partenariats de plus en plus étroitement sécuritaires avec la plupart des pays africains (et dont la Niger qui abrite une base américaine en renseignement par des drones de reconnaissance et observation ainsi que de transport aérien et ravitaillement en vol. Le Niger est au cœur de l’arc d’instabilité qui va de la Mauritanie au Nigeria et à la Corne de l’Afrique.

La France ne comprend pas encore qu’elle fait partie des acteurs sous influence et qu’elle est « cramée » au point que, tout est possible, les États-Unis souhaiteraient son départ du Sahel. L’intérêt majeur des États-Unis reste économique et sécuritaire. La population nigérienne envoie un message fort à la France : « Tous les autres pays, États-Unis et/ou Russie, Chine mais pas une seule présence française ». Le processus va certainement durer. Difficile de prophétiser ce qui va arriver. La vision que les militaires veulent donner de l’Afrique est qu’on cesse de la considérer comme un territoire de captation des ressources pour les grandes puissances européennes et d’adaptation de leurs atouts de puissance. Il faut désormais des partenariats gagnant-gagnant. Il faut placer les impératifs de développement au même diapason que les besoins sécuritaires dont la lutte contre le terrorisme, l’extrémisme violent et la drogue.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

 

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