RDC. Félix et Fridolin. Aux antipodes de l’amour et des intérêts du pays

(Poignée de main entre le cardinal et le président. Du « Je t’aime, moi non plus ». Photo tiers).

Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Entre le Chef de l’État de la RDC, Félix Tshisekedi et l’archevêque métropolitain de Kinshasa, le cardinal Fridolin Ambongo, les violons ne s’accordent pas. Le premier représente le pays ; le second représente les fidèles de la capitale. Cela ne date pas d’hier. Aussitôt que Félix Tshisekedi prenait les rênes du pays, Fridolin Ambongo proclamait son « président ». Il aura fallu la prise de position courageuse des évêques de la province ecclésiastique de Kananga, reconnaissant l’élection de Tshisekedi, pour taire les voix de la dissidence au sein de la CENCO. Au gré des humeurs, on a assisté à des réconciliations de façade entre l’Église de Kinshasa et le pouvoir. La balafre s’est manifestée ouvertement lors de la venue du pape François. Pour certains, le cardinal s’était trouvé en porte-à-faux avec lui-même jusqu’à oublier le drame de l’est du pays. La CENCO (aile cardinal Ambongo) ne cache plus sa « haine » envers Tshisekedi. A la Pentecôte, par exemple, dans une théâtralisation mécréante s’apparentant à l’idolâtrie, le cardinal Ambongo a célébré la foi de Moïse Katumbi devant un public hébété. En tout cas, rien ne va plus entre la CENCO (aile Ambongo) et le pouvoir. Il n’y a que des personnes souffrant de cécité qui diront le contraire. Devant le silence d’autres évêques, le Nonce apostolique a parlé : « Si

vous laissez votre mission et vous vous préoccupez plus de ce qui ne relève pas de vous, il n’y aura personne pour vous remplacer dans l’Église. Le changement dans le pays ne dépendra pas directement des évêques, ni des prêtres. Nous devons amener et porter Dieu à ce pays. » Ces mots forts et profonds, fruits d’une réflexion se basant sur un constat, ont été prononcés pour l’Église de la RDC par Mgr Ettore Balestrero, Nonce apostolique en juin 2023 à Lubumbashi. Et le constat est simple et clair : l’Église de la RDC se préoccupe plus de ce qui ne relève pas de son ministère. A la clôture de la session, quelques heures après cette invitation du Nonce apostolique, les Évêques ont publié leur exhortation finale qui n’était pas tendre à l’égard du pouvoir et de la Centrale électorale. Dimanche 25 juin 2023, lors de la messe du jubilé de Mgr Kassanda, évêque de Mbuji-Mayi, le Chef de l’État congolais a dénoncé en des termes sans équivoque la « dérive dangereuse de certains princes de l’Église universelle » soulignant que l’Église et l’État ont l’obligation de collaborer.

Mardi 27 juin, Mgr Donatien Nshole, Secrétaire général de la CENCO réagissait avec des mots pas du tout tendres. Il comprenait la colère, la rage et l’émotion du Chef de l’État. Donc, tout ce  que Félix Tshisekedi a dit ne répondait que de ce cocktail explosif ? Ajoutant sue la CENCO est dans sa mission sociale. Soit !

Le problème ici n’est pas de se prêter au jeu de qui a raison ou tort entre les deux camps. Mais de chercher à comprendre l’attitude de l’Église universelle depuis l’abbé Malu-Malu (prêtre catholique du diocèse de Butembo-Beni), Daniel Ngoy Mulunda (Église méthodiste), Corneille Nangaa (catholique pratiquant du diocèse de Wamba) et aujourd’hui Denis Kadima (Église kimbanguiste). Se demander comment l’Église catholique s’est trouvé un allié, l’Église du Christ au Congo dans la contestation et l’agitation, loin de la foi ? Le problème, c’est de noter l’échec commun de la formation de l’homme (congolais) intégral. Malheureusement, certains attribuent la dérive et les antivaleurs de la société congolaise à une catégorie de personnes alors qu’elles sont l’œuvre de tout un peuple y compris les églises toutes tendances confondues. Car, les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent. Il serait naïf de croire autrement puisque l’Église vit dans et avec le peuple. Elle connaît son peuple et son peuple la connaît mieux comme le Seigneur avec ses brebis.

Les turbulences et agitations, à chaque fois que le pays engage le virage des élections, bien que compréhensibles, ne sont pas normales. Certaines répondent de la manipulation extérieure. Souvent, l’opposition congolaise (et ses appendices) pose des actes pour une consommation extérieure et non locale. Certains lobbies extérieurs financent les tensions et agitations en RDC. Le cas malheureux de 2018 risque de se répéter en 2023.

Le jeu de ping-pong entre la CENCO (aile Ambongo) et Félix Tshisekedi est inadmissible. Dans un pays dont une partie est sous occupation étrangère, où des mosquées poussent comme du champignon avec la création par les islamistes MTM d’un califat (IS-CAP), l’Église universelle doit montrer sa maturité. Elle peut bien faire semblant de plaire à certains lobbies, elle ne doit pas oublier qu’elle fait l’œuvre de jugement de ses actes par des fidèles et des hommes de bonne volonté.

En 2001, le journal Le Monde sous la plume de Stephen Smith dénonçait les dérives du clergé congolais au pays et en Europe. Sagement, la revue catholique Renaître paraissant à Kinshasa avait répondu en ces termes : « L’Église catholique de la RDC est pécheresse mais appelée à être purifiée. » Pourvu qu’on s’y engage en âme et conscience.

Le cardinal Robert Sarah écrit : « A tout vouloir maîtriser et tout placer sous le signe de la révolte, l’homme court le risque de ne rien remettre à Dieu. » Et il ajoute : « Nous devons impliquer Dieu dans le combat contre l’injustice. Je me plais à redire que nos armes véritables sont l’amour et la prière. Aujourd’hui, le danger réside dans l’action effrénée du monde moderne. Nous sommes toujours appelés à combattre, à battre la campagne, à renverser nos adversaires, à les détruire. L’homme est poussé à ajouter le mal au mal. »

Quelle explication donnée à des conflits dans la partie orientale de la RDC, dans le Kwango (plateau des Bateke), dans le Kasaï dans un pays à majorité catholique/chrétienne ? Malheur à la personne qui ne pointe que le gouvernement. Ce sont des signes de manque d’amour. Des signes de l’échec de l’évangélisation dans son message d’amour. Voilà pourquoi les mots de Mgr Ettore Balestrero, le Nonce apostolique sont plus qu’une simple interpellation.

Le royaume ne s’accomplira pas par un triomphe historique de l’Église (…) par une victoire de Dieu sur le déchainement ultime du mal. Si l’Église nous apprend à ne pas respecter nos dirigeants, à ne pas prier pour eux, elle s’écarte de sa mission. L’Église doit porter les infirmités de tous et Paul précise : « Si tu n’aimes que les bons disciples, tu ne mérites pas de récompense. Ce sont surtout les plus atteints que tu dois soumettre par la douceur. Pour sauver un noyé, il ne suffit pas de lui dire du bord du rivage : fais ceci, fais cela. Il faut se jeter à l’eau avec lui ; mais il faut savoir mieux nager que lui. Depuis 1960, nous ne savons pas mieux nager que nos dirigeants.

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Nicaise Kibel’Bel Oka

 

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